Le féminin et son lien avec la féminité (15)

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Le féminin et son lien avec la féminité (15)

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Fernando de Amorim

Paris, 26 avril 2018

 

L’effraction de l’Autre de l’adulte vers le moi de l’enfant, soit verbalement soit corporellement, produit des effets fâcheux pour l’avenir psychique de ce dernier. Freud écrit que la relation entre Sergueï Pankejeff, surnommé « l’Homme aux loups », et l’objet féminin « a été perturbée par une séduction précoce… ». La séduction envers l’enfant, indépendamment de son sexe, n’est jamais occasionnée par la rencontre avec un objet féminin car, un être féminin ne séduit pas un enfant. Une mère malheureuse, une séductrice s’intéressent sexuellement à un enfant, en revanche, l’enfant n’intéresse pas sexuellement un être féminin. L’enfant perturbé, abusé, violé, a affaire à un adulte sexuellement atteint, soit par des symptômes névrotiques, psychotiques ou pervers. Qu’un enfant puisse venir chercher, à sa manière, auprès de l’adulte, des réponses sur l’amour, est propre à sa position d’être désireux de savoir, d’être de désir. Le problème se rencontre lorsque l’adulte répond à la demande légitime de l’enfant avec une parole ou un acte venu de l’Autre ayant la barre discontinue, qui indique qu’il s’agit d’une structure névrotique ; de l’Autre troué mais ayant une barre continue, qui indique une structure psychotique ; de l’Autre non-barré, qui indique la structure perverse. Ainsi, je ne suis pas d’accord avec Freud quand il écrit que « le côté passif, féminin » est « fortement développé », chez Sergueï. Ce côté passif indique l’astuce, l’alternative du moi écrasé dans son développement psychique par l’effraction du désir de l’Autre sur le moi naissant. Le féminin chez quelques hommes a fonction de mascarade, comme la féminité, ou les comportements enfantins, masculins ou séducteurs chez quelques femmes. La relation tendre envers la mère peut aliéner l’enfant si elle n’introduit pas la barre de la castration dans sa relation au nourrisson, au bébé, à l’enfant. Cette mise en barre doit être faite, par la mère en faisant appel à son Autre barré. Une telle opération est très difficile si l’Autre de la mère est névrotique, pervers ou psychotique. De toute les manières, ce qu’il est possible de constater c’est que cette séparation peut être très difficile pour quelques mères de la réaliser seule car la jouissance en jeu est immense pour elle et l’enfant. D’où l’importance de solliciter l’aide du père de l’enfant. Mais ce dernier fait fonction ici de cheveu sur la soupe. En ces cas, c’est donc à la mère d’installer et ensuite instaurer, dès les premiers moments de la naissance de l’enfant, la barre de la castration de la jouissance qu’elle et l’enfant tirent de cette relation extrêmement privilégiée en intimité et, comme déjà dit, en jouissance. Ou la mère intervient seule, comme une grande, ou elle demande à quelqu’un de la barrer ou encore, c’est au mari, le père de l’enfant ou un proche, d’intervenir et de chercher à séparer, par des alertes des dangers qu’encoure l’enfant dans une liaison trop prolongée avec sa mère. Y a-t-il, ici, une distinction à faire entre le sexe des bébés ? Toujours. La « position féminine envers le père » de Sergueï est le choix fait par le garçon de céder de son statut viril pour s’identifier à son agresseur, à savoir, la domestique chargée de ses soins. Ce que Freud appelle sa « position féminine envers le père », n’a rien de féminin. Une fois dévoilée cette position supposée féminine, ce qui sera mis à jour, sera la haine envers le père de ne pas avoir été au rendez-vous de la mise en route de la maturité et de la virilité pour le garçon et d’indépendance de la position féminine pour la fille. Ici, et pour faire écho aux exposés de Freud, il est possible de distinguer, l’homosexualité comme symptôme, l’homosexualité en tant que structure et la structure psychotique. Parfois, au fur et à mesure de l’avancée de la cure, il est possible de découvrir que, ce qui était présenté comme homosexualité, est un symptôme de structure névrotique, parfois il s’agit d’une vraie homosexualité, ce qui signe la structure perverse ou enfin, une inhibition, symptôme ou angoisse homosexuelle qui empêche la forclusion, ce qui signerait la structure psychotique. Une fille qui est trop aimée par sa mère, qui fait couple avec elle, passera à côté de la barre qui castre, barre que l’adulte a la responsabilité d’introduire, ce qui empêchera la fille d’aller chercher dans la différence, dans le monde, la construction de sa vie féminine et de même pour sa vie virile pour le garçon. Certes, la masculinité est « menacée par la castration », mais la féminité tout autant. Il faut entendre que la lecture de Freud est brouillée par sa lecture du surmoi et encore par l’influence de Fliess – j’en veux pour preuve sa remarque à propos de la « prédisposition bisexuelle » plus loin dans son texte sur Dostoïevski–. Dans une brève précédente, j’avais signalé que c’était après une énième lecture de Freud que j’avais compris que le surmoi dans la souffrance, qu’elle soit organique, corporelle ou psychique était devenu un ruisseau du point de vue libidinal et que, le problème clinique était la résistance du surmoi car, elle a pompé la libido du surmoi le laissant exsangue, et est devenue une rivière puissante, par la force de ses courants.

Freud, S. (1925), Inhibition, symptôme et angoisse, Œuvres complètes, Volume XVII, 1923-25, puf, Paris, 2006, p. 225.

Freud, S. (1927), Dostoïevski et la mise à mort du père, Œuvres complètes, Volume XVIII, 1926-30, puf, Paris, 1994, p. 214.

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