Le féminin et son lien avec la féminité (14)

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Le féminin et son lien avec la féminité (14)

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Fernando de Amorim

Paris, 25 avril 2018

 

 

Il n’existe pas d’opposition entre le sexe masculin et féminin parce qu’ils ne peuvent pas se trouver dans un rapport de symétrie. Le sexe masculin peut se présenter sous forme flaccide, ou en érection. Le sexe féminin, après une sortie de psychanalyse, est toujours en état d’érection Phallique. Le « P » dressé en majuscule tient à signaler qu’il s’agit du registre symbolique, donc traversé par la castration. C’est la combinaison du « sexe » avec la position « féminine » qui me pousse à faire cette distinction. De même qu’il est naïf, le mot est de Freud, de vouloir cerner la difficulté de la sexualité féminine par le biais de la maladie ou de la biochimie, domaines qui sont du registre médical. Une telle stratégie médicamenteuse, médico-chirurgicale, renforce le phallus, écrit ici avec un « p » minuscule. La médecine opère dans le champ de l’organisme, la psychanalyse dans le champ du corps, car elle est la vraie médecine du corps. Le corps des mammifères qui parlent, est constitué des signifiants, du désir de l’Autre : l’Autre barré, l’Autre à barre discontinue, l’Autre non-barré, l’Autre troué, pour indiquer l’Autre à la sortie d’une psychanalyse, l’Autre de la névrose, l’Autre de la perversion, l’Autre de la psychose. Le corps est donc érogène, il est traversé par l’imaginaire et habillé par le phallus. Ainsi, il est possible de le soigner par le symbolique, ce qui est impossible avec les hormones ou la chirurgie. Si en 1924, Freud ironisait la thérapeutique de l’excitation masculine et féminine par la biochimie, et de la recherche d’isoler, sous le microscope, les « excitateurs de l’hystérie, de la névrose de contrainte, de la mélancolie », pas plus tard que ce matin, j’ai reçu une demande d’argent de la part d’une association où le Professeur, Madame S., articule la schizophrénie à une modification d’un gène. Il y a toujours, dans le champ de la clinique, de la recherche, comme de la vie, ceux qui bravent la tempête et ceux qui, face au tsunami œdipien, courent se mettre à l’abri. Pour découvrir pour de vrai sur l’autisme, la schizophrénie, il faut mettre en place des équipes multidisciplinaires avec des psychanalystes et pas des équipes de rassemblement entre des gens biens qui pensent pareil. Pour savoir sur la féminité et le féminin, comme pour la schizophrénie, il faut examiner l’Autre parental dans son désir d’enfant. Sans la présence du père et de la mère dans la relation clinique, personne n’apprendra quoi que ce soit sur le désir humain. Certes, le travail psychanalytique peut paraître revêche. Et pourtant, « il n’est pas plus lourd que la main d’un enfant » quand la libido nourrit le désir du psychanalyste et pas le désir de l’analyste, du psy, du savant. Quand Freud écrit que le « complexe d’Œdipe lui-même, chez le garçon, est prédisposé en un double sens, actif et passif, ce qui correspond à la prédisposition bisexuelle », je ne peux pas partager ses dires. Comme je l’ai déjà défendu précédemment, je pense qu’il s’appuie sur Fliess parce qu’il n’avait pas d’informations issues des traversées des psychanalyses – ou les traversées océaniques comme je les appelle – pour étayer ses hypothèses. Il faut d’abord attendre la sortie de psychanalyse des femmes et hommes devenus psychanalystes pour qu’ils puissent examiner les écrits freudiens, et pas le répéter comme font les amis de Freud et de Lacan et qui se comportent comme des perroquets sans imagination ni audace. Comme je suis sorti de psychanalyse, et que je continue ma psychanalyse personnelle, je m’autorise à commenter les dires de Freud. C’est donc en psychanalysant que je témoigne. Je ne partage pas cette idée de bisexualité humaine, non plus que celle de psychosomatique ou d’états-limites et, bien évidemment, pas davantage la présentation de ceux qui se disent psychiatres-psychanalyste ou psychologues-psychanalyste. Le lecteur pourra penser que les trois registres sont disparates. Et pourtant, j’identifie le même fil rouge : le manque de courage de savoir sur le désir qui les anime. Et pourtant la solution est simple : que les indécis sexuellement, pathologiquement et professionnellement retournent sur le divan. Ils découvriront le désir de l’Autre et construiront à partir de ce dernier le leur. Je ne pense pas qu’ils le feront, ils sont trop vieux, trop fatigués ou désabusés pour se plier à la fraîcheur possible de la castration. L’embêtant est qu’ils ne se gênent pas, dans les trois registres, à imposer leur loi phallique, donc imaginaire, avec leurs symptômes à ceux qui les entourent. Il y en a mêmes quelques-uns qui, non contents de simplement accabler leurs proches – femme, enfants, mari, voisins, père, mère –, gagnent de l’argent en se disant représentant de la psychanalyse. Pour Freud, « Le garçon veut également remplacer la mère en tant qu’objet d’amour du père, ce que nous désignons comme position féminine. ». Cette position n’a rien de féminine. Un garçon, auquel l’adulte reconnaît la virilité, continuera à construire sa sexualité dans cette voie. Je rappelle au lecteur que le féminin est une position mûre du sexe. Ce que Freud décrit ici c’est un enfant souffrant du désir de l’Autre à barre discontinue de la névrose, l’Autre sans barre de la perversion ou l’Autre troué avec barre continue de la psychose. La position féminine ou la féminité n’intéresse jamais un garçon, sauf quand il reconnaît que par cette voie il aura l’amour de l’Autre, parfois la mère, le père ou les deux. Dans ce cas de figure, c’est du côté du désir des adultes qu’il faut chercher et trouver, la satisfaction de dévier le garçon de sa route virile. Bien entendu, le lecteur pourra dire que je suis dans une voie de « construction théorique », digne des « féministes ». L’erreur d’appréciation ici, est que Freud prend appui sur le surmoi, en déclarant, dans le cas des femmes, que « Le sur-moi ne devient jamais aussi impitoyable, aussi impersonnel, aussi indépendant de ses origines affectives que nous l’exigeons de l’homme. ». C’est chez Freud lui-même que j’ai prélevé que la souffrance de l’être n’était pas liée au surmoi mais bien à la résistance du surmoi. C’est parce que les cures ne visent pas la résistance du surmoi qu’inévitablement le niveau d’exigence des analystes – qui ont abandonné leur psychanalyse personnelle, et les psy qui n’en ont jamais fait une – est tombé au niveau du compromis, de l’arrangement, de la couardise. Freud écrit que la majorité des hommes reste « loin en arrière de l’idéal masculin, et que tous les individus humains, par suite de leur prédisposition bisexuelle et de l’hérédité croisée, réunissent en eux des caractères masculins et féminins, de sorte que la masculinité et la féminité pures restent des constrictions théoriques au contenu mal assuré. ».

 

Suis-je en train de défendre une idéologie ? Je ne le pense pas. Je signale simplement que la fonction du psychanalyste, dans sa formation et dans son rapport à la Cité, se doit d’incarner le Phallus symbolique, celui qui produit des effets dans son rapport au réel. Jusqu’à présent, l’analyste en particulier, comme le psy en général, sont friands de la phrase proverbiale « faites ce que je dis, ne faites pas ce qui je fais », histoire de jouir impunément de la position de maître, du phallus imaginaire, du cuard qui, dans la première centaine du IIe siècle, indiquait « porter la queue basse ». Le psychanalyste quant à lui, vise à construire une « vie d’âme » normale, pour la femme et pour l’homme. Le niveau, selon un Freud hésitant, « de ce qui est moralement normal devient autre pour la femme », atteste que sa jouissance à elle déconne ou qu’elle est en état de folie. C’est au grand Autre barré, porté par le psychanalyste et non par l’analyste, de, au nom du transfert, calmer, apaiser par la castration, la bête féroce et obscène qui l’habite, si j’ose dire. Une telle opération se déroule dans l’arène de la séance. Petites natures s’abstenir.

Freud, S. (1924), Autoprésentation, Œuvres complètes, Volume XVII, 1923-25, puf, Paris, 2006, p. 84.

Freud, S. (1924), Les résistances contre la psychanalyse, Œuvres complètes, Volume XVII, puf, Paris, 2006, p. 127, n. 1.

Freud, S. (1925), Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique, Œuvres complètes, Volume XVII, 1923-25, puf, Paris, 2006, p. 193.

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