Le féminin et son lien avec la féminité (13)

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Le féminin et son lien avec la féminité (13)

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Fernando de Amorim

Paris, 24 avril 2018

 

 

Il y a dans la féminité, un appel. Il vise à attirer un partenaire vers soi qui pourra satisfaire un désir de satisfaction sexuelle ponctuel. Il est possible de lire aussi la féminité comme une figure ayant comme visée d’attirer le partenaire désiré avec l’intention d’être pénétrée par lui. Ce partenaire aura comme fonction, de satisfaire l’image de féminité phallique de manière durable. La différence entre la féminité et la séduction est que cette dernière veut appâter le partenaire par sa féminité, afin de nourrir son phallus imaginaire, mais sans être confrontée au pénis. Des couples peuvent se constituer dans la féminité puisque c’est le phallus imaginaire qui maintient le couple. Il me semble en revanche, difficile dans le cas de la séduction qu’un couple puisse se maintenir puisque l’objectif est uniquement de satisfaire l’image de la féminité pendant quelques heures ou alors que la lumière est éteinte (« lucerna sublata nihil discrimen inter mulieres », la lumière enlevée, il n’y a plus de différence entre les femmes »). Le masochisme féminin est un oxymore freudien. Le masochisme est une souffrance exigée par la résistance du surmoi quand il s’agit des actes sur le corps ou par l’Autre non-barré quand il s’agit des insultes et des paroles dégradantes. Si quelques femmes sont humiliées ou battues, le lecteur a la preuve dans ces cas que le moi est victime de ces deux instances, la première – la résistance du surmoi –, prélevée de ma lecture de l’œuvre de Freud, la deuxième – l’Autre non-barré –, de l’œuvre de Lacan. En revanche, dans la position féminine, l’être peut fantasmer ou demander d’être insulté ou de recevoir des claques – au visage, sur les fesses ou tout autre partie érogène de son corps – pendant l’acte sexuel. Mais ici, il ne s’agit pas de masochisme, c’est, si le lecteur me permet, du piment, c’est un plus pour l’augmentation de sa jouissance. Si Freud interprète le masochisme féminin et le lie, très judicieusement à la vie enfantine, il me semble que le psychanalyste d’aujourd’hui peut patienter et attendre que l’interprétation tombe des lèvres de la psychanalysante avec le démêlage du nœud symptomatique. Si dans la féminité la castration est déniée, ce qui apporte la dimension perverse et la souffrance qui vient après la chute du rideau, voire de l’habit, dans la position féminine, c’est la castration et donc le manque, qui fait appel au pénis et à la différence des sexes pour produire la jouissance, entrecoupée d’orgasmes. Et cela n’a rien à voir avec le fantasme « d’être battu par le père ». La « relation sexuelle passive (féminine) » avec le père est un fantasme caché par la féminité, par la posture de la femme-fatale ou de la femme-enfant. Dans la position féminine, les fantasmes de jouissance liés aux parents se sont évanouis, pour laisser place à des objets érogènes beaucoup plus croustillants. L’enfant rendu malheureux par les menaces faites par l’adulte qui l’entoure, verra dans l’absence du sexe masculin chez la fille, le spectre des dires de l’adulte. Ses désirs, soutenus par le manque structurel, s’accrochent aux dires de l’adulte méchant. Il est possible de désirer, pour la fille comme pour le garçon, sans passer par la souffrance du fantasme de perdre une partie de son corps. Il n’est pas obligatoire que la disparition du complexe d’Œdipe s’inscrive dans le sang et la douleur. Pour cela, il faut que les adultes soient mûrs sexuellement et génitalement satisfaits. Ce qui est rarement le cas. D’habitude, les adultes animés par leur haine et leurs frustrations sexuelles, se vengent sur les enfants dont ils ont la charge de veiller. Que les enfants puissent confondre désir et fantasme n’est pas en soi la difficulté au début de leur entrée dans la vie humaine. Quand les filles tombent sur un adulte sexuellement mûr qui leur permettent de passer par l’Autre barré pour construire leur position féminine, cela semble donner comme perspective un être épanoui. Quand ce n’est pas le cas, la psychanalyse peut aider cette fille, devenue jeune fille ou femme, à relire autrement son passé et construire autrement son avenir. Pour mûrir, la fille doit se castrer du phallus imaginaire, représenté par la possession phallique ou des comparaisons avec l’autre. C’est le prix à payer pour devenir féminine. Devenir féminine suppose la perte du phallus imaginaire. C’est après avoir vécu la castration du phallus et donc, l’expérience symbolique du manque, que la fille construira sa sexualité autour du manque. Le Phallus symbolique est le producteur – à la fin du XVe siècle ce mot signifiait « créateur, celui qui provoque, fait naître, engendre » – du féminin. L’« exigence féminine d’une égalité de droits entre les sexes », ne concerne pas la position féminine mais la position féministe. Le féminin ne veut pas d’égalité des sexes, ce qui fait désirer le féminin c’est justement la différence. Pour reprendre la jolie expression de Freud, « l’enfant féminin », possède un « membre tout aussi grand et l’a ensuite perdu par la castration ». Il faut entendre ici que Freud reconnaît que l’enfant féminin est déjà sexué. Ensuite, elle a aussi un membre tout aussi grand que le garçon, c’est le phallus imaginaire. C’est la perte, par la castration produite par les adultes sexués et mûrs sexuellement qui l’a fait accéder à « l’organe génital grand et complet ». Freud écrira dans la suite de la phrase « donc masculin ». Il n’écrira pas « donc le pénis ». Cet organe génital grand et complet est donc le Phallus symbolique. L’enfant féminin devenu adulte et féminin, grâce à la castration, possède son organe génital, grand, disponible à désirer, recevoir le pénis et aimer son partenaire. Le féminin est devenu complet dans l’assomption de son manque. Le complexe d’Œdipe de la fille, c’est vrai, d’après l’expérience de Freud, « va rarement au-delà de la substitution à la mère et de la position féminine envers le père ». Aujourd’hui, il me semble possible de dire qu’après une sortie de psychanalyse, la position féminine consiste dans la destruction de l’imaginaire parental, ce qui est normalement vécu pendant la psychanalyse. A la sortie, l’être féminin a perdu son phallus mais, après la castration, a construit un Phallus symbolique représenté par le manque.

Freud, S. (1924), Le problème économique du masochisme, Œuvres complètes, Volume XVII, 1923-25, puf, Paris, 1992, p. 14.

Freud, S. (1924), La disparition du complexe d’Œdipe, Œuvres complètes, Volume XVII, 1923-25, puf, Paris, 2006, p. 29.

Freud pose d’abord une « organisation phallique » et ensuite le « complexe de castration » (p. 31). Ici je reconnais mon hésitation : suis-je en train de chercher des poux dans la tête de mon maître en nourrissant le narcissisme de la petite différence ou s’agit-il d’une logique d’importance ? Aux lectrices de nous aider.

Freud, S. (1924), Op. cit., p. 31.

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