Le féminin et son lien avec la féminité (1)

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Le féminin et son lien avec la féminité (1)

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Fernando de Amorim

Paris, 16 mars 2018

 

 

Freud me semble être davantage interpelé par le féminin que par la féminité car, dans son œuvre, plus d’une vingtaine de fois il revient sur le premier terme et moins de dix fois sur le second. De même chez Lacan où le féminin, et plus précisément la jouissance féminine, sont étudiés et presque pas la féminité. Il faut signaler que, si le féminin comme la féminité font référence aux femmes, le féminin passe toujours par l’Autre, et la féminité par l’autre masculin. Si le féminin est couvert d’un mystère qui fait que les êtres, dans leur rapport à l’Autre, troué, barré ou non, se féminisent, indépendamment de leur genre, la féminité impose à l’être sa condition de femme à partir de l’ensemble de ses caractères et de ses artifices.

 

Si dans les deux cas – du féminin et de la féminité –, la reconnaissance passe par l’anatomie, par la société ou la religion, le féminin est plus propice à dévoiler ce qu’est être femme que la féminité.

 

La féminité a fonction d’armure, sorte d’acceptation des femmes de jouer le jeu du semblant en donnant ce que l’autre attend d’elles. Si nous pouvons avoir l’espérance d’apprendre sur les femmes c’est en les écoutant en tant qu’êtres féminins, leur féminité étant un artifice, mise en valeur, admirée, voire tolérée, chez les civilisés, elle est haït chez les barbares.

 

L’intérêt de Freud pour le féminin commence avec le transfert qui l’attachait à son interlocuteur privilégié, à savoir, Fliess. Il s’agit d’un intérêt scientifique dépourvu de la curiosité mystérieuse qui anime le désir de savoir. Dans la logique de Freud de cette époque, la présence d’un Autre barré est absente. Pour lui, tout être humain est bisexuel. Son argument est le suivant :

« Chez un sujet purement viril, il se produirait aux deux limites sexuelles, un excès de décharge mâle, donc du plaisir et en même temps une perversion. Chez un être purement féminin, il y aura un excédent de substance génératrice de déplaisir à ces deux époques ».

 

Chez l’être féminin, nous aurions affaire au désir au mors dans la névrose et au désir déchaîné dans la perversion. Il ne s’agit pas de mascarade, mais de la structure du désir féminin.  Le désir trop verrouillé d’un côté ou de l’autre aboutirait, dans les deux extrêmes, à la naissance de symptômes névrotiques ou pervers, que ce soit la défense sexuelle ou l’aguichante sexualité.

 

La féminité concerne le public, le donner à voir, le féminin concerne le privé, l’intime. Le purement féminin est un moment extrêmement délicieux pour les vraies femmes – l’expression est freudienne – et c’est pour cette raison qu’elles peuvent se passer de l’orgasme, ce qui est impensable pour un mâle, ou qu’après l’orgasme elles peuvent être représentée par la transverbération, comme dans le cas de Sainte Thérèse d’Avila.

 

La mascarade est un phénomène social récent. C’est pour cette raison que les premiers analystes ont travaillé plus le féminin que la féminité. La féminité ne se représente que par le phallus : phallus imaginaire qui nourrit la zinzinnerie des femmes, psychotiques, névrosées ou perverses ; phallus symbolique, quand elles construisent à partir de leur manque, et cette opération ne les rend pas folles, mais féminines.

 

Qu’est-ce qu’une femme ? est une question d’homme. Les femmes qui ont voulu leur répondre, sont tombées dans un registre d’indentification masculine ou dans un objet d’attirance sexuelle pour l’homme sous forme de mascarade. Les femmes, les vraies, ne se posent pas cette question. Elles sont féminines et elles vivent dans cette sainte ignorance de leur condition d’être féminin. Il n’y a pas de question sur leur condition féminine, il y a apaisement. Elles ne cherchent pas à poser la question et ne se cassent pas la tête à trouver de réponse puisqu’il n’y a pas, pour elles, question. Elles le sont.

Lettre de Freud à Fliess du 6. XII. 1896 in La naissance de la psychanalyse, puf, Paris, 1956, p. 157.

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