L’appel et la tentative de suicide, Paris 9è

Retour

L’appel et la tentative de suicide, Paris 9è

cliquez sur les images pour les agrandir

 

 

Fernando de Amorim

Paris, le 10 octobre 2016

 

Il me semble important de distinguer deux formes d’autodestruction, celle qui est considérée comme un appel, celle qui est à considérer comme une tentative de suicide. La notion d’appel, je suis allé la piocher chez Jacques Lacan. Ce dernier, quant à lui, était allé chercher dans la clinique de Mélanie Klein. Lacan disait : « L’appel, voilà une notion que je vous prie de garder »[1]. Je l’ai gardée tellement que je l’ai amenée à la médecine, et je pense m’en être bien servi. De là ma formule : l’appel en médecine est « adressé à n’importe qui »[2]. Il faut entendre par appel, la maladie organique. Pour ce qui est des actes d’autodestruction, j’espère exposer mon hypothèse sans tarder.

 

Toute autodestruction est à prendre avec sérieux et précaution. Quelques médecins disent que la patiente avait essayé de se suicider pour « attirer l’attention ». Ce me semble être une interprétation hâtive, voire sauvage. Il ne faut jamais baisser la garde, en tant que médecin, face aux actes autodestructeurs, ce qui ne signifie pas que le praticien doive s’inquiéter pour la malade. L’inquiétude du médecin doit se limiter au champ de sa compétence, cela veut dire qu’il ne doit pas baisser la garde avec une interprétation imaginaire ou une fausse décontraction. Toute autodestruction doit être examinée par le médecin et le psychiste (psychiatre, psychologue, psychothérapeute) ou psychanalyste du service. Je pousserai même la logique jusqu’à écrire qu’un rendez-vous avec un psychiste doit être une condition sine qua non en médecine.

 

Une personne qui se précipite dans l’autodestruction doit être examinée pour savoir si elle fait ça sur un coup de tête ou si elle a élaboré son acte avec méticulosité.

 

Si, pendant l’examen, la personne répond que ce qui l’avait poussée à l’acte autodestructeur était l’impétuosité, nous avons affaire à un appel. Un appel – appel à l’aide, appel au secours – adressé à n’importe qui. Si la réponse est le calcul réfléchi, nous avons affaire à une tentative de suicide.

 

Nous devons grader l’autodestruction en appel, tentative de suicide et suicide. Si dans le premier degré nous avons affaire à l’appel adressé à n’importe qui, dans le deuxième, l’autodestruction ne s’adresse plus à personne. Bien entendu, dans ce dernier cas, toute démarche clinique doit être innovatrice de la part du psychiste.

 

Ainsi, si les médecins arrivent à réanimer le malade, quelle est la stratégie possible du psychiste avec ces personnes ?

 

D’abord, dans le champ interpsychique, le psychiste doit faire « naître, installer et nourrir le transfert »[3]. Ensuite, dans le champ intrapsychique, il doit viser, comme opération clinique, la castration de la résistance du surmoi. Le nombre important de décès dans les services de réanimation est dû, entre autres, à l’absence d’une stratégie clinique de partenariat entre médecins et psychistes. Renforcer ou apaiser le moi, est une démarche anodine, voire innocente face à la violence qui anime l’être à l’acte extrême.

 

Si vous voulez de nouveau prendre goût à la vie, n'hésitez pas à cliquer sur le bouton -contactez nous- ci dessous. 

 

[1] Lacan, J. (1953-54), Le séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud, Seuil, Paris, 1975, p. 98. 

[2] Amorim, F. de, (2008), Tentative d’une clinique psychanalytique avec les malades et les patients de médecine, RPH, Paris, p. 138.

[3] http://www.rphweb.fr/details-naissance+installation+nourrissage+la+danse+du+transfert-133.html.

Contactez-nous