La scansion, la prudence et l’erreur technique, paris 9

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La scansion, la prudence et l’erreur technique, paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 17 février 2016

 

 

Une scansion vise à mettre en évidence la présence du désir et donc de la castration dans le discours de l’être dans la position de malade, patient ou psychanalysant. La fonction de la scansion est de rectifier la direction de la cure, tirer la cure vers l’avant et, lorsqu’elle est suivie de la levée de la séance, de produire un effet d’erre. A ce moment le moi converse avec les autres instances de son appareil psychique.

 

Ainsi, il s’agit d’une erreur technique de scander et lever la séance appuyé par un mot issu de l’Autre non-barré – mot qui se caractérise, de la part de l’être, par un autodénigrement – ; de lever la séance appuyé par un acte légitimé par la résistance du surmoi – auto-flagellation, tatouages, scarifications – ; lever la séance en appuyant la jouissance du ça – rapports sexuels sans préservatifs quand il n’y a pas d’engagement affectif d’avenir – ; lever la séance en appuyant la résistance du moi, c’est-à-dire, la résistance du refoulement, la résistance de transfert ou le bénéfice de la maladie.

 

Le refoulement est une forme de protection, et quand la protection ne sera plus utile, grâce aux effets de la castration, la libido qui nourrit cette résistance sera utilisée ailleurs, pour la construction d’une vie apaisée. La résistance de transfert sert à actualiser la souffrance refoulée, d’où l’importance de, avec Lacan, ne pas interpréter le transfert mais dans le transfert. Enfin, la résistance caractérisée par le bénéfice de la maladie – qu’elle soit psychique, la visée de Freud, corporelle, la visée de Félix Deutsch, Groddeck, Marty, et organique, ma visée, inspirée par mes aînés cités ci-dessus et quelques autres –.

 

Les résistances servent à aliéner le moi de ce qui se passe avec les autres instances de l’appareil psychique. Elles servent aussi à éviter la castration radicale, celle qui fait que l’être occupe la quatrième position, celle de sujet. Comme cette position n’est pas donnée à tout le monde, il est préférable qu’il puisse vivre en résistant. Cette manière de vivoter ne doit pas être dérangée par le psychanalyste. Quelques médecins, pris dans une sorte de furor sanandi, s’acharnent jusqu’à les maintenir en vie, à tout prix, à n’importe quel coût. C’est leur affaire.

 

Cependant, si cela est possible, le clinicien se doit de mettre en place un dispositif pour dénouer le nœud qui concerne le bénéfice que l’être tire de sa maladie. Ce dispositif, psychanalytique, bien entendu, doit viser le bénéfice primaire de la maladie, et pas uniquement le bénéfice secondaire. En un mot, le cœur de l’acte psychanalytique, son nœud gordien, se trouve au niveau de la résistance du surmoi. Mais le clinicien ne doit pas se prendre pour Alexandre. Il doit, avec prudence, dénouer le nœud avec des petites baguettes du jeu de Mikado, et pas avec un coup d’épée.

 

En revanche, il est possible de scander le mot – sans lever la séance – avec l’intention de signaler au moi qu’il doit balayer devant sa porte, c’est-à-dire, qu’il doit prendre soin de sa vie intrapsychique et non de se contenter de viser le monde interpsychique. Ceci s’il s’agit d’un névrosé ou d’un pervers. Pour le psychotique, le fait même qu’il s’occupe de son rapport à ses instances psychiques peut être une avancée clinique.

 

Lever une séance quand le discours plonge l’être sur un versant suicidaire ou meurtrier peut être interprété, surtout pour le psychotique, comme un consentement au passage à l’acte. C’est donc à éviter. Pour que le praticien – qu’il soit psychiatre, psychologue, psychothérapeute – puisse savoir à quel moment intervenir dans la cure il existe deux voies : sa cure personnelle et les supervisions.

 

La scansion produit un effet de castration, mais elle a aussi la fonction de réanimer le désir en appuyant la parole dite par le moi, ce qui lui fait faire un tour de 180°, le poussant ainsi à interroger le grand Autre non-barré ou la résistance du surmoi.

 

La scansion a aussi la fonction de réanimer le désir en appuyant la parole bien dite qui viendrait de l’Autre barré. Cette parole tombe comme un fruit mûr.

 

En scandant, le clinicien distingue une parole pleine d’une parole vide, même si c’est grâce à celle-ci que peut exister celle-là.

 

La notion d’attention flottante n’est pas anodine au moment de scansion et de la scansion qui autorise la levée de la séance. Depuis Freud, ce n’est pas au psychanalyste de lever la séance. C’est le mot bien dit qui l’y autorise.

 

La scansion n’est pas une règle rigide dans un contrat bureaucratique, mais une règle de navigation clinique dans un contrat clinique. Dans la clinique avec le psychotique, le clinicien se doit d’aménager la scansion. D’où l’importance de laisser passer deux ou trois phrases supplémentaires, après que le clinicien ait remarqué le moment de scander et lever la séance pour parvenir à ce moment alors effectif de la levée de la séance. De même, il demandera à l’être dans la position de malade, patient ou psychanalysant, s’il est d’accord avec la suspension de la séance.

 

 

 

 

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