La scansion et les positions subjectives de l’être, paris 9

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La scansion et les positions subjectives de l’être, paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 18 février 2016

 

 

La scansion est possible avec l’être dans la position de malade, de patient ou de psychanalysant. La distinction se trouve dans l’accueil fait et dans l’agilité de cet accueil qui est fait par l’être. Ce sont aussi cet accueil et cette agilité qui signaleront au clinicien le changement de position et les changements définitifs – « Alea jacta est » ou « Ἀνερρίφθω κύβος, selon Plutarque – des positions subjectives, à savoir, passage de la position de malade à celle de patient, passage de la position de psychanalysant à celle de patient, voire de malade. Quant à la position de sujet, elle est le résultat d’une décision tranchée, encrée dans la castration, d’où la citation du Jules César qui s’arrêta un instant, effrayé par l’audace de sa décision et les conséquences de son choix avant de traverser le Rubicon.

 

Le moi de l’être dans la position de malade ne reçoit pas le mot qui sort de sa bouche de manière accueillante car il parle sans s’engager avec ce qui est dit. C’est l’exemple même de la parole vide. Dans cette position, le mot issu de l’Autre doit vaincre les trois résistances du moi, la résistance du surmoi, pour arriver au moi, pour être entendu par ce dernier. C’est rare que la parole issue de la bouche du malade produise des effets chez lui. La position – et non la condition – de malade est la preuve même que le moi est aliéné de ce qui arrive à son corps, à sa vie.

 

Dans la position de patient, le moi peut être plus sensible à ce qui sort de sa bouche, mais cela est dû au travail du clinicien. C’est par transfert qu’il entend, pas par désir de savoir.

 

Dans la position de psychanalysant, savoir est un devoir éthique. Ensuite ce devoir devient un désir qui devient à son tour une danse quotidienne. Plus la danse s’installe, plus l’être s’approche de la sortie de sa psychanalyse. La partie n’est pas gagnée pour autant. En touchant terre – pour la névrose et la psychose –, ou en trouvant un abri – pour la perversion – nous allons pouvoir parler de sortie de psychanalyse. Il faut entendre ici, abri, « tout lieu où une embarcation peut, soit accoster, soit mouiller en toute sécurité », selon J.-Y. Béquignon et J.-L. Guéry in Navigation hauturière, 2014, p. 9.

 

C’est en sortant de sa psychanalyse que l’être, devenant ainsi sujet, s’engage à marcher, main dans la main, avec cette éthique du bien dire et de bien faire. La naissance de

 

« L’Enfant nouveau qui habite où je vis

Me tend une main à moi

Et l’autre à tout ce qui existe

Et ainsi nous allons tous trois par le chemin qui se présente,

Sautant et chantant et riant

Et savourant notre secret commun

Qui est que nous savons en tout lieu

Qu’il n’y a pas de mystère en ce monde

Et que tout vaut la peine » » (in Fernando Pessoa, Alberto Caeiro, Le gardeur de troupeaux, Poème VIII).

 

 

Dans la position de sujet, l’être et l’Autre barré s’entendent

 

« si bien l’un l’autre

Dans la compagnie de toute chose

Que nous ne pensons jamais l’un à l’autre,

Mais nous vivons ensemble et deux

Selon un accord intime

Telles la main droite et la gauche » (Ibid.).

 

 

Devenu sujet et intime de l’Autre barré,

 

« à ce point humain qu’il en est divin

C’est cette vie quotidienne de poète, la mienne,

Et c’est parce que toujours il m’accompagne que je suis

    poète toujours ».

 

Avec les successives scansions, jusqu’à la levée définitive de la séance, où psychanalysant et supposé-psychanalyste ne se donnent plus rendez-vous pour le moment psychanalytique, le moi, comme la peau reluisante et ferme du fruit de la passion mais sans jus à l’intérieur, laisse la place à la position de sujet qui, avec la, peau chiffonnée du fruit mûr et juteux, est devenu prêt pour la danse symbolique possible, avec le réel.

 

 

 

 

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