La scansion et le moi, paris 9

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La scansion et le moi, paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 23 février 2016

 

 

La scansion pousse la cure vers la mer d’Œdipe, comme je l’avais représentée dans la carte des trois structures (http://www.fernandodeamorim.com/details-carte+des+3+structures-264.html). La scansion nourrit le transfert et dynamise le désir, désir qui est malmené par le symptôme qu’est le moi, par les trois résistances du moi et par la résistance du surmoi.

 

Quand quelqu’un vient rendre visite au clinicien, il dit ce qui le fait souffrir. Qui souffre c’est le moi. Il souffre de ne pas maîtriser, de ne pas être au centre des attentions de l’être. Tout au long de la cure – et au long de la vie –, le moi s’opposera catégoriquement à céder du terrain au désir. La résistance du ça – avec la perlaboration – est l’indicateur que le moi est suffisamment dégonflé et ses trois résistances suffisamment apaisées pour que la résistance du ça soit la voie possible pour l’être dans la position de sujet.

 

Après une psychanalyse, le moi est dégonflé. Dégonflé, non pas détruit. Détruire ce n’est pas, bien évidement, envisageable. L’usage du mot détruire vise à signaler la perspective médicale de la disparition du symptôme. Or, le moi est un symptôme, comme écrit ci-dessus. La psychanalyse prône que le moi est essentiel à l’existence de l’être social, civilisé. Ainsi, dans la clinique comme dans la vie, si c’est difficile avec la présence du moi, c’est pire sans lui.

 

Qui lève la séance c’est le grand Autre barré, le clinicien l’authentifie en la matérialisant, en se levant à son tour et en invitant celui qu’il écoute à faire de même. Le clinicien n’a pas à contester la scansion. Une fois qu’il entend le mot qui l’autorise à scander, il l’authentifie avec un rougissement, un bruit, il tape du pied, de la main. Ces formes d’authentifications que j’avais appelées kiai –, poussent la cure vers l’avant ou rectifient sa direction. La levée de séance est donc, une des formes, corporelles, de matérialiser la scansion. Parfois la scansion pousse le clinicien et l’être à se lever, « Selon un accord intime Telles la main droite et la gauche », comme dit le poète Pessoa. Ceci est différent à demander le consentement, voire l’autorisation, au moi, du psychotique par exemple, pour que la séance soit levée.

 

Une scansion ne tombe pas à l’eau, c’est le clinicien qui s’y prend maladroitement ou qui s’y prend trop tard, une fois que le wagon – représentant ici l’ouverture pour la reconnaissance par le clinicien du désir inconscient – a déjà fermé les portes et s’apprête à partir, laissant le malheureux clinicien à quai.

 

C’est par sa pratique intime et sérieuse, c’est-à-dire en séries hebdomadaires, de son propre inconscient – et pas par des stratégies bidons du genre « j’ai fini ma psychanalyse », « je fais des tranches d’analyse », « le divan, c’est finit pour moi » – que le clinicien saura comment scander comme le Maître qui touche avec la première flèche la cible dans une pièce si sombre qu’il n’était pas facile de « délimiter exactement la cible » et que, en tirant la deuxième flèche, a fait éclater la tige de la première, « sur une certaine longueur, avant d’aller se ficher aussi dans le noir » (in Le zen dans l’art du tir à l’arc, pp. 102-03). Et le Maître en regardant les deux flèches dira à son élève : « Vous penserez que le premier coup n’a rien d’extraordinaire, car le hall de la cible m’est familier, et que, même dans l’obscurité la plus complète, je dois savoir où elle se trouve. Croyez-le si vous voulez, je ne tiens pas à faire une apologie ; mais que dites-vous de la seconde flèche qui a rejoint la première ? En tous cas, je sais que le mérite ne m’en revient pas ».

 

De même le psychanalyste, dans une psychanalyse, il n’est pour rien dans le déroulement de cette dernière. La fonction du clinicien est de conduire la cure, poussé par le désir de savoir du psychanalysant et guidé par les associations qui sortent de la bouche de ce dernier. De là l’importance majeure du respect de la règle d’or.

 

 

 

 

 

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