La scansion et le coche, paris 9

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La scansion et le coche, paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 19 février 2016

 

 

 

La scansion n’est pas un acte rare, ni banal. Et cela pour la simple raison que, si nous affirmons l’un ou l’autre, il est possible de toucher du doigt le moi de celui qui ainsi s’exprime. La scansion est la matérialisation de l’Autre barré (Ⱥ).

 

La scansion exige un travail préalable du clinicien. Il doit avoir poussé sa psychanalyse jusqu’à la sortie – et la continuer, étudier les auteurs fondamentaux, la littérature, la poésie, la navigation, pendant toute la durée de son exercice clinique – pour distinguer le moment de la vraie scansion du moment où son moi estime être le moment de la scansion et de la levée de la séance.

 

A ce propos, une remarque : la levée de la séance est à inclure comme une des formes de scansion, comme le kiai, une claque dans les mains, « un sarcasme, un coup de pied », comme dit Lacan dans l’ouverture du séminaire I, page 7. Le tout, régi, autorisé, par le grand Autre barré et non par le moi du praticien.

 

Pour le clinicien, l’importance de la psychanalyse personnelle, de sa supervision, de son école sont majeures pour son éducation clinique. Ainsi, quand il rencontrera l’être dans la position de malade, de patient ou de psychanalysant, il dira à « l’enfant psychanalyse personnelle », à « l’enfant poésie », à « l’enfant navigation »… : « Maintenant les enfants, c’est l’heure de la récré ! ». Et la scansion sera saisie au bon moment. Je rate très peu le moment des scansions. En suivant Freud, je me mets en état de récré, en suivant Lacan, je laisse mon savoir hors de la séance. Et quand je rate, j’invite la personne à se réinstaller et je lui demande pardon en lui disant que j’avais raté le coche, c’est-à-dire, une bonne occasion de me taire, de ne pas bouger, comme nous l’a enseigné la baronne Emmy von N.

 

Au XVIIe et au XVIIIe, le coche était un moyen de transport fluvial dont les départs et les arrêts dépendaient d’horaires précis. Même s’il était le moyen de transport le plus utilisé, l’emprunter restait une aventure. Ainsi, « rater le coche » signifie que la personne rate une bonne occasion de vivre un événement particulier et qui aurait pu être palpitant ou fructueux. Dans le cas du clinicien, rater la scansion le fait passer à côté de la suite des associations libres, le faisant ainsi tomber à l’eau ou le laissant à quai du voyage dans les eaux de l’inconscient. Cela peut être représenté par une rupture du transfert comme l’abandon de la cure, un acting-out, le passage à l’acte.

 

La scansion autorise le kiai qui rectifie ou change la direction de la route clinique, qui justifie la levée de la séance immédiate pour le névrosé et le pervers. Quant à la scansion pour le psychotique, elle se doit d’être différée par le clinicien à deux ou trois phrases après le moment où il a repéré que le moment était venu de lever la séance. Comme dit Edith de Amorim, « par sa radicalité, il me semble qu’il soit très difficile d’oser scander la séance avec le psychotique car il faut en ce cas toujours veiller à ne pas ouvrir trop largement les voiles du sens aux vents nouveaux de la scansion : ce pourrait-être des vents par trop mauvais ».

 

La scansion est la reconnaissance par le clinicien du bâtiment propre à cet inconscient-là, qui est structurellement et radicalement unique. Il n’existe pas deux discours inconscients. Il existe des milliers de mois, agglutinés dans une aliénation commune. Tous amis, tous à livre ouvert, tous visages nus, tous livrés aux chiens, tous Facebook. La tyrannie de ne pas pouvoir se cacher, par honte, par pudeur, par décence.

 

Le clinicien ne doit pas s’inquiéter trop des demandes, plaintes ou suppliques du moi – même s’il faut le ménager, car c’est lui qui a le pouvoir de rompre le transfert –, il se doit de rester sur la route indiquée par les associations libres.

 

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