La scansion et la reconnaissance, paris 9

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La scansion et la reconnaissance, paris 9

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Fernando de Amorim

25 février 2016

 

La scansion est l’acte de reconnaissance de l’Autre barré. Il faut dire que je n’ai jamais rencontré un être dans la position de malade ou de patient qui ait saisi une scansion. La reconnaissance de la scansion vient habituellement de l’être dans la position de psychanalysant. Je constate que, le plus souvent, cette reconnaissance vient du clinicien.

 

Parfois – surtout avec le psychotique, moins avec le pervers, très rarement avec le névrosé –, le moi décide de lever la séance. A ce moment la levée de la séance gagne le statut de scansion ? Non, parce que dans ce cas de figure, c’est le moi qui lève la séance.

 

La scansion est la reconnaissance par le clinicien du symbolique dans le réel. L’imaginaire n’est pas le bienvenu dans une telle opération.

 

Le clinicien n’intervient pas dans la scansion, il la reconnaît, appuyé par l’être – dans la position de malade, patient ou psychanalysant –, qui accepte de suspendre – non pas d’arrêter ni d’y mettre fin – à la séance.

 

La suspension d’une séance se doit d’avoir un statut de scansion, même si elle ne l’a pas toujours. Pensons à la logorrhée de quelques psychotiques qui pousse le clinicien à inciser une phrase, la suturer avec une demande de répétition du mot par le clinicien, greffée cette dernière avec un kiai ou la levée de la séance pour créer un effet de castration, histoire de produire le manque nécessaire au désir. Le tout soutenu par le transfert.

 

Une scansion ne vise pas la privation, elle vise à inciser ou dégonfler l’imaginaire dans le cas du névrosé, greffer une barre au grand Autre non-barré dans le cas du pervers et enfin, coudre par des fils symboliques les parties dispersées du moi psychotique pour que ce dernier puisse supporte de vivre avec la béance, comme lorsqu’on traverse un pont de singe.

 

Peu importe la structure du pont, l’important est de pouvoir traverser l’abîme. Même si cet abîme c’est sa vie. C’est pour cette raison que la psychanalyse est une clinique de l’espérance. Elle est, la psychanalyse, Bucéphale, qui risque d’être sacrifié par l’incompétence des cavaliers de Philippe. Bucéphale a trouvé Alexandre. La psychanalyse jusqu’à présent a trouvé les psychanalysants. Pour ce qui est des analystes, s’ils retournent sur le divan, ils pourront trouver la vraie joie du galop clinique. Pour l’instant ils se comportent en ânes, preuve en est leur abandon de la position de psychanalysant, ou en cavaliers arrogants, preuve en est leur arrogance et leur inhibition. Dans les deux cas, ils font le choix de sacrifier le bel animal issu du désir de Freud.

 

Pour quelques praticiens, comme cette analyste suisse à qui Pierre Rey a eu la chance de parler, l’affaire de la scansion est majestueusement pas compliquée : « Chez moi, c’est bien simple. Les séances durent quarante-cinq minutes. Je pose un sablier sur ma table de travail. A l’instant où le dernier grain s’est écoulé, terminé » (in Une saison chez Lacan, p. 84). Les praticiens du rang de cette dame, décident de prendre congé de l’être au nom du hasard et pas de l’Autre structuré comme un langage. Ce choix destitue le désir et donc l’être, car ce dernier est soumis au bon vouloir de la divinité Fortune. Que la parole de l’être soit vide ou pleine, l’analyste suspend la séance. Cette technique peut être utilisée dans des situations spécifiques, comme dans le cas des discours logorrhéiques, mais pas de manière administrative ou bureaucratique. Cette démarche n’a plus le statut de clinique (http://www.fernandodeamorim.com/details-la+reconnaissance+du+chemin+paris+9-303.html).

 

Dans ce cas de figure, le praticien, comme l’être, est soumis à la puissance du hasard. Le désir – pour celui qui écoute comme pour celui qui parle –, ne compte pas dans cette opération clinique car personne n’est responsable. C’est un acte psy, un acte psychothérapeutique, un acte analytique. Mais certainement pas un acte psychanalytique.

 

Chaque intervention du clinicien formé à la psychanalyse, doit avoir effet de scansion, de pousse – dans le sens de la Drang freudienne – vers l’avant, vers la sortie de la cure, ou vers la rectification de la route.

 

Comme l’Autre ne se présente pas souvent au rendez-vous clinique – en forme de bon mot, signifiant corporel ou autre forme de formation de l’inconscient –, le silence est de rigueur chez le clinicien.

 

Il s’exprime – avec un kiai, avec une suspension de la séance – quand il est invité par l’Autre. Sinon, « il faut garder le silence », comme avait écrit Wittgenstein dans son « Tratactus logico-philosophicus ».

 

Le clinicien n’intervient pas quand il est nécessaire, le nécessaire étant ce donton ne peut se passer. Si le clinicien pense que son intervention est nécessaire, il se prend pour l’Autre, l’Autre non-barré. En d’autres termes, son moi se prend pour l’Autre. L’inconscient est du champ du nécessaire, du ne cesse pas de s’écrire, mais pas le moi. Le moi est du côté du contingent, du cesse de ne pas s’écrire. Le psychanalyste du côté de l’impossible, du ne cesse pas de ne pas s’écrire.

 

Pour cette raison personne ne saura de son vivant s’il fut ou non psychanalyste. Il sera psychanalyste de la psychanalyse qu’il a assurée, et de celle-là uniquement. Par la suite, dans son activité clinique, il occupera encore la position de psychothérapeute ou de supposé-psychanalyste, jusqu’à ce que le psychanalysant devienne sujet, ce qui le fera occuper la position de psychanalyste, de cette psychanalyse-là, uniquement. Et ainsi de suite, cure après cure.

 

C’est à la mort du psychanalyste que les vivants pourront dire qu’il fut psychanalyste. Mais cela, le psychanalyste ne le saura jamais.

 

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