La scansion et la lêtre h, paris 9

Retour

La scansion et la lêtre h, paris 9

cliquez sur les images pour les agrandir

Fernando de Amorim

Paris, le 21 février 2016

 

 

 

S’il est possible de faire des scansions dans la séance avec le psychotique, il n’est pas souhaitable de lever – comme un des traits de la scansion – la séance brusquement. Laissons glisser deux ou trois phrases après le moment repéré par le clinicien comme étant celui de la levée de la séance avant d’effectivement le faire.

 

Même avec une telle précaution, parfois l’être – dans la position de malade, patient ou psychanalysant –, accuse le coup. Il devient agité, il ne se lève pas du fauteuil ou du divan, parfois il montre son mécontentement avec agressivité, voire violence.

 

Il s’agit de l’effet de castration produit par la scansion.

 

Dans ces situations, il ne faut pas hésiter à demander s’il, l’être, veut continuer la séance un peu plus. Parfois, juste cette demande peut le calmer. Et alors il est d’accord pour la suspension de la séance.

 

S’il ne se calme pas, le clinicien pourra recourir à la technique de l’écarteur. Cette technique, issue de ma lecture de Freud et de l’intimité avec les chirurgiens, consiste à augmenter le nombre de séances dans la semaine ou dans la journée. L’intention de cette technique est de laisser la voie libre à l’expression verbale, dans le cadre de la séance, du matériel inconscient. La visée ultime est d’empêcher les acting-out, voire les passages à l’acte. La question financière est parfois mise en évidence par l’être pour ne pas accepter cette proposition. Il ne faut pas s’étonner qu’il s’agisse de la mise en place de la résistance car, quand je lui demande de payer un petit quelque chose pour marquer le coup de ces séances rajoutées, l’argument peut être qu’il « n’aime pas demander la charité », qu’il « n’aime pas devoir ».

 

Ici, il faut descendre dans l’arène clinique, c’est-à-dire, montrer le paradoxe de vouloir aller mieux et, alors que quelqu’un lui propose une solution, de la refuser, parfois même en lui mordant la main. Instruit par les grands comiques français, Molière en tête, je n’hésite pas à mettre en place des expressions exagérées pour sensibiliser le moi. L’intention est de faire en sorte que ce dernier, au contraire de rester attaché à la relation a — a’ (la relation imaginaire décrite par Lacan représentée dans le schéma par la couleur marron), puisse faire un tour de 180° degré (représenté par la couleur verte) et commence à parler avec la résistance du surmoi (le tracé vertical de couleur marron). Si le clinicien réussit à diriger le moi vers la résistance du surmoi, par la suite il pourra témoigner que l’être, cette fois-ci dans la position de psychanalysant, navigue dans les eaux de l’inconscient jusqu’au grand A, barré ou non (représenté par la couleur rouge). Le retour de ce voyage pourra castrer le moi (représenté par la couleur orange), si le clinicien a a faire à la perversion ou à la névrose (« α » en bleu), ou coudre les parties du moi s’il a a faire à la psychose (« β » en bleu).

 

Si la scansion est un acte difficile pour le praticien, la raison me semble en être la défaillance de sa formation clinique et bien entendu son immaturité à assurer des cures psychanalytiques. Comme il n’a pas traversé ses inhibitions dans sa psychanalyse personnelle, le praticien, installe un contrat tacite avec l’être où le premier ne dérange pas les résistances du deuxième. Le résultat d’une telle opération est la formation des analystes du côté des praticiens et des êtres umanisés au monde du côté des analysants.

 

L’usage du mot umanisme sans la lettre h vise à signaler qu’il n’y a pas eu de castration symbolique. Le hache dans l’humanisme vient indiquer que l’être a réussi à acquérir un niveau de civilisation où son semblable compte. Mais avant il est essentiel que l’Autre barré puisse compter.

 

Sans le voyage psychanalytique, sans la poésie, sans la langue bien dite, nous allons vers une communauté umaine dépourvue de castration.

 

Il ne faut pas s’étonner du pire.

 

La fonction politique de la clinique du psychanalyste est immense.

 

Contactez-nous