La scansion brute et la civilisée, paris 9

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La scansion brute et la civilisée, paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 2 février 2016

 

L’intentionnalité de la scansion vient de l’instance que Freud avait nommée le ça. Ca – das Ich – qui veut dire ça acte, ça agit, ça parle.

 

Mais commençons par le plus simple pour arriver au plus complexe : « ça veut » parler, c’est une injonction. Parler c’est émettre des sons articulés dans sa langue. Pour nous le français. Si cette opération est interdite, ça va pouvoir transformer l’articulation par la parole en acte adressé au moi, sous forme d’agir. Si l’agir est lui aussi interdit, ça manifeste concrètement son pouvoir n’importe comment, c’est-à-dire, en passant à l’acte.

 

Le ça est eine konstante Kraft, une force constante, dira Freud. Rien, sauf la mort, ne l’arrête. Le coup de gueule, le coup de pied envers l’autre ou le coup de pied envers soi, ce sont des formes de scansions brutes. Ce ne sont pas des actes cliniques.

 

L’intentionnalité dans la scansion vient de l’Autre. L’Autre veut dire sa parole. Il utilise le langage ou l’acte quand la parole n’est pas possible.

 

L’acte clinique est de construire un champ possible pour que, d’abord, ça parle de manière civilisée et, ensuite, que ça parle en respectant la règle de l’association libre. Le clinicien n’intervient pas ici avec son intentionnalité. Autrement dit, son intentionnalité est de ne pas intervenir. D’où la différence entre le psychanalyste et l’analyste. L’analyste donne de coup de pied par désespérance, par colère, par ignorance, le psychanalyste agit, autorisé par le discours de l’Autre barré, dit librement, en respectant la règle dégagée par Freud à partir d’Emmy, la baronne Moser.

 

La scansion ce ne se définit pas phénoménologiquement mais structurellement. En psychanalyse, elle vise l’Œdipe et son au-delà, c’est-dire, une traversée définitive du Rubicon inconscient. Que cette traversée œdipienne soit tranchée pour la névrose, effleurée pour la psychose, tronquée pour la perversion (Cf. http://www.fernandodeamorim.com/details-carte+des+3+structures-264.html), le psychanalyste se doit de proposer une vie possible à l’être qui vient lui rendre visite et qui souffre de son Œdipe. L’Œdipe est plus que jamais d’actualité. Jusqu’à preuve du contraire, l’être parlant n’est pas encore né d’une femme et d’une fourmi. Il y a dans l’opération de base de sa venue au monde un homme et une femme. Qu’il puisse souffrir du rapport de ses parents entre eux ou avec ses parents et que ceux-ci soient père et mère, ou mère et mère, ou père et père, ou encore qu’il soit fils d’une femme célibataire, il n’est ici question que de permutations phénoménologiques. La question pour lui est de comment faire pour vivre dans le monde sans une souffrance qui le paralyse. La rencontre avec un psychanalyste est une réponse possible.

 

L’intentionnalité du clinicien est toujours contaminée par son moi. Pour qu’elle le soit moins, il me semble qu’il est fondamental que le clinicien continue sa psychanalyse personnelle pour qu’ainsi il puisse protéger de son moi, la cure du malade, du patient ou du psychanalysant, et aussi la psychanalyse. Comme disait Voltaire, repris par Freud, « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge. » Le moi est le premier symptôme de l’être parlant car il est structurel – « mauvais avec lui, pire sans lui » –, le moi du psychanalysant le fait souffrir car il l’aliène, le moi de l’analyste est ce qui l’empêche de devenir psychanalyste.

 

La scansion n’est pas un acte clinique proposé par le clinicien, la scansion est une imposition du ça – sous forme de symptômes corporel ou organique –, voire du grand Autre barré – sous  forme de paroles bien dites –. Le clinicien n’a qu’à la reconnaître. S’il sait utiliser cette puissance, il utilisera cette force pour pousser la cure vers l’avant ou la rectifier. S’il ne sait pas quoi faire, cette belle énergie passera devant ses barbes.

 

La scansion est la preuve que le clinicien est à son poste, pas aux aguets, comme les analystes qui ne font qu’à leur tête et qui décortiquent le moindre signifiant, preuve qu’ils ne font pas la différence entre le bon grain et l’ivraie (Mathieu, XIII, 24-30).

 

Détendu comme un félin – pensez au lion de Freud à la fin de sa vie –, le psychanalyste rebondit dans la séance, une fois entendu le mot, pousse la cure ou la rectifie. Si, au nom du transfert, le clinicien signale au moi que quelque chose de bien dit vient de quitter l’enclos de ses dents ou que quelque chose est bien dit, il est temps de lever la séance. Lever la séance comme on lève un verre entre amis, comme un désir de longévité et de réussite. Lever la séance est un hommage aux efforts de celui qui vient parler : parler de lui sans parler au clinicien, parler au clinicien sans parler de lui, jusqu’à ce qu’il commence à parler de lui, histoire de commencer sa psychanalyse.

 

Cet accueil amical, bienveillant du mot, apprendra au moi à entendre au fur et à mesure, les mots qui sortent de sa bouche.

 

 

 

 

 

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