La scansion -Paris 9è

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La scansion -Paris 9è

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Fernando de Amorim

Paris, le 19 12 2016

 

Une séance est levée quand le clinicien est autorisé par le discours de l’être dans la position de malade, patient ou de psychanalysant à le faire. Il est fondamental de dégager le moi du clinicien de la conduite de la cure, qu’elle soit psychothérapeutique ou psychanalytique. Pour matérialiser ce dégagement, je prône que la psychanalyse du psychanalyste soit sans fin, c’est-à-dire, jusqu’à ce qu’il ne reçoive plus de patient. La visée est de protéger la psychanalyse, et surtout l’être, du moi du clinicien. Le discours de l’être, pour que la cure puisse donner des fruits juteux, doit respecter à la lettre – donc sans interprétation du clinicien –, la règle de l’association libre. J’essaye de pousser l’être jusqu’à la logique d’« une pensée une parole ». Cette stratégie essaye de dégager le moi de l’être aussi de la route vers le bon port ou le mouillage selon la structure à laquelle il est attaché.

 

Ainsi, ce n’est pas le moi du clinicien qui suspend la séance mais le moment entre l’expiration et quelques instants avant l’inspiration. Bien entendu, c’est au psychanalyste de saisir ce moment pour lever la séance. Ce moment indique qu’il est temps pour le psychanalyste de quitter la rencontre pour que l’effet d’erre – effet qui suppose la disparition du transfert – puisse pousser la cure vers l’avant. Ce moment indique aussi le changement de route, de ralentissement, d’évitement vers le précipice. Ces décisions sont possibles grâce à l’expérience du psychanalyste, expérience qu’il ne peut acquérir qu’en étant psychanalysant tout en continuant une formation théorique à la française, c’est-à-dire, en se réunissant toutes les semaines pour un groupe d’étude, une conférence, un séminaire et maintenant, pour les cafés sur la clinique et l’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse.

 

Il est méchant d’accabler l’analyste français. L’analyste français est compétent et sa formation universitaire et théorique est excellente. Ce qui lui manque c’est de retourner sur le divan, au risque d’être bouffé tout cru par les lobbyistes anti-désir qu’ils viennent des hommes politiques fades, des parents haineux ou des professionnels de santé qui vendent leur connaissances à des laboratoires pharmaceutiques.

 

La scansion a deux fonctions : l’une de propulsion et l’autre de rectification. La scansion propulse la cure vers l’avant, ce qui suppose qu’elle va vers la bonne route. La bonne route ici concerne la sortie de la cure, d’où l’importance du diagnostic structurel. Si la cure ne va pas vers la bonne route, parce que ni le moi de l’être ni le moi du clinicien ne s’en rendent compte, l’association libre, comme une boussole, signale à ce dernier les effets de la dérive due au vent et au courant, l’autre nom de la résistance. Ainsi, le clinicien provoquera, pour rectifier la route de la cure, la scansion.

 

La scansion peut être faite après une formation de l’inconscient. Dans ce cas, le clinicien peut, au contraire de scander, demander des associations libres, comme l’aiguille qui traverse avec le fil le tissu, pour ensuite, solliciter que l’être puisse tordre l’aiguille en lui donnant forme d’hameçon. Une fois que l’être tire avec son hameçon-interprétation les signifiants, formant ainsi le collier, il est possible, pour le clinicien, de scander la séance.

 

Cette technique est de rigueur avec le névrosé et le pervers. Pour le psychotique, il est convenable de lui laisser terminer quelques phrases pour lui éviter de réveiller le sentiment d’être propulsé dans le réel, dans le trou qui caractérise la forclusion.

 

Les scansions en début de séance sont possibles mais pas accompagnées de la levée de la séance.

 

La scansion est notre kiai qui reste dans le registre du symbolique. Quand le kiai s’articule au réel, il y a levée de la séance.

 

Le kiai pousse, la levée de la séance perce, propulsant ou rectifiant la direction de la cure vers sa sortie.

 

 

 

 

 

 

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