La santé mentale en France 13 avril 2017 débat

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La santé mentale en France 13 avril 2017 débat

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La santé mentale en France

Introduction au débat

                                                                                               

Fernando de Amorim

Paris le 13 avril 2017

                                                                                                                                                                       

 

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Mesdames et Messieurs les Docteurs,

Mesdames et Messieurs,

 

En premier lieu, je souhaite vous remercier d’être venu nous aider à rassembler nos réflexions pour ce débat sur la santé mentale en France.

 

Je parle de la position de psychanalysant car c’est dans cette position que je me suis découvert une vie possible pour moi-même.

 

En devenant un agent de la santé mentale, en devenant psychanalyste, en défendant la psychanalyse comme clinique du désir, j’ai voulu reprendre le flambeau de Freud, comme celui de Lacan. Je me suis dit que je leur devais ça. Cette dette je l’avais faite mienne et elle, cette dette, comme dit le poète, n’était pas plus lourde que la main d’un enfant.

 

Mon intervention sera rapide et elle comporte trois étapes : Freud de 1918, Lacan de 1963 et la CPP de 1991. Ensuite, je laisserais la parole aux représentants des candidats pour qu’ils puissent exposer le projet des présidentiables concernant la santé mentale en France pour les cinq prochaines années. Ils auront dix minutes pour le faire. Ensuite la parole sera donnée à la salle pour des questions et réflexions. Mais toujours avec un objectif clair, à savoir : suivre la voie ouverte par la CPP, voie où transmission de la psychanalyse, avenir de la jeunesse et construction d’une vie possible pour nos concitoyens s’enlacent dans une tresse de désir.

 

En 1918, Freud écrit ceci :

« Admettons maintenant que, grâce à quelque organisation nouvelle, le nombre d’analystes s’accroisse à tel point que nous parvenions à traiter des foules de gens. On peut prévoir, d’autre part, qu’un jour la conscience sociale s’éveillera et rappellera à la collectivité que les pauvres ont les mêmes droits à un secours psychique qu’à l’aide chirurgicale qui leur est déjà assurée par la chirurgie salvatrice. La société reconnaîtra aussi que la santé publique n’est pas moins menacée par les névroses que par la tuberculose.

Les maladies névrotiques ne doivent pas être abandonnées aux efforts impuissants de charitables particuliers.

A ce moment-là on édifiera des établissements, des cliniques, ayant à leur tête des médecins psychanalystes qualifiés et où l’on s’efforcera, à l’aide de l’analyse, de conserver leurs résistances et leurs activités à des hommes qui sans cela s’adonneraient à la boisson, à des femmes qui succombent sous le poids de frustrations, à des enfants qui n’ont le choix qu’entre la dépravation et la névrose ». Fin de citation.

 

Ce texte a suivi mon travail clinique. Il était impensable pour moi, fils de la psychanalyse, de ne pas faire profiter mes sœurs et frères en humanité, des avantages et des inconvénients de l’expérience psychanalytique.

 

Les avantages sont le résultat. Les inconvénients sont d’avoir à lâcher la maladie, qu’elle soit psychique, corporelle ou organique, indépendamment de la structure concernée : névrose, psychose ou perversion.

 

En 1991, à l’Hôpital Avicenne, j’avais créée une consultation publique de psychanalyse dans le service de mon patron de l’époque, le Professeur Loïc Guillevin, interniste, et de son adjoint, mon collègue et ami, le Professeur Philippe Casassus, hématologue. Il est très instructif de lire La chanson dans le sang de Jacques Prévert quand on a affaire à des leucémiques. Agitez-vous tant que vous voudrez, la médecine humaine, sans le signifiant freudo-lacanien, glisse très rapidement dans la vétérinaisation du soin. Il est ainsi impensable de dissocier médecine, psychiatrie et psychanalyse. Mais pour cela il faut opérer avec le psychanalyste pour que nous puissions évoquer l’être humain.

 

C’est à cette période que je fus éveillé à ce texte de Lacan dans son séminaire sur l’Angoisse :

 

Il dit ce qui suit :

 

« Je voudrais faire remarquer ici un certain côté qu’on ne voit pas de l’analyse, son côté assurance-accident, assurance-maladie. C’est très drôle, quand même, combien – au moins à partir du moment où un analyste a pris ce qu’on appelle de l’expérience, c’est-à-dire tout ce que, dans sa propre attitude à lui, bien souvent il ignore –, combien les maladies de courte durée sont rares pendant les analyses, combien dans une analyse qui se prolonge un peu, les rhumes, les grippes, tout ça s’efface, et même quant aux maladies de longue durée, s’il y avait plus d’analyses dans la société, on irait mieux. Je pense que les assurances sociales comme les assurances sur la vie devraient tenir compte de la proportion d’analyses dans la population pour modifier leur tarif. ». Fin de citation.

 

En 1991, donc, j’organise grâce à la confiance de Loïc Guillevin et Philippe Casassus, une consultation qui donne suite au traitement médical. Ensuite cette consultation est allée à la Rue Richer, à la Cité Charles Godon, à la rue La Fayette, pour s’installer définitivement au 33 de la rue Pigalle, toujours dans le IXe arrondissement de Paris.

 

Pour la première fois, en 2016, les 18 membres de la CPP, ont assuré plus de 37 000 consultations et ont déclarés un revenu avant impôt de plus d’un million 47 000 euros.

 

Par ces chiffres j’espère ainsi apporter la preuve d’une voie possible pour le nouveau gouvernement dans son engagement à diminuer le chômage des jeunes, à améliorer la qualité de vie des concitoyens et pour plus de paix sociale : créer des consultations publiques de psychanalyse qui apaise grandement la détresse sociale, aide grandement les étudiants à ne pas stagner une fois leur diplôme obtenu, et qui ne grève pas les dépenses de l’Etat. Je suis clinicien. Je ne cherche pas le pouvoir, je réveille, voire réanime, des désirs endormis, ou moribonds.

 

Installer des consultations publiques de psychanalyse. Cette proposition concerne les écoles de psychanalyse, et les psychistes en général. Elle sollicite aussi, des professeurs d’universités et des pouvoirs publics, plusieurs choses :

 

 

Dans cette opération, l’étudiant est devenu un clinicien, articulant une théorie fine avec une pratique concrète et le patient, quant à lui, retrouve le chemin de l’amour et du travail. Cela signifie moins de psychotropes, moins de consultations médicales en bobologie, moins d’arrêts-maladie, moins de suicides.

 

C’est cette manière de faire de la clinique qui m’autorise à mettre en évidence que dix-huit personnes ont réussi à assurer ce nombre de consultations et cette somme d’argent.

 

Si vous contestez cette manière de faire, montrer-nous la vôtre et je vous suivrais. Sinon, rassemblons-nous et passons à la dernière étape de ce projet, à savoir, écrire au nouveau président élu que cette proposition est portée par votre école, votre fédération, votre association.

 

Nous ne sommes pas pressés, mais nous n’avons pas de temps à perdre.

 

Merci de votre attention.

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