Election présidentielle française 2017

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Propositions (III)

 

Témoignage

 

Fernando de Amorim

Paris, le 20 mars 2017

 

 

 

Quand François Fillon reconnaît, c’était hier durant le débat public sur TF1, que l’ARS est une mauvaise idée, cela montre l’humanité de l’homme. Quand la candidate de l’extrême droite évoque le Canada comme modèle concernant l’autisme, je pense qu’elle suit sa logique, celle du refus du désir de reconnaître que pour grandir l’être a besoin de sortir des griffes parentales. Elle ne sait pas de quoi je parle puisqu’elle y est, dans les griffes parentales. Je suis sorti de mon mutisme et de mon silence, de ma haine grâce à la psychanalyse et à un Monsieur qui a occupé la position de psychanalyste pendant douze ans. Madame défend sa PME, qui marche très bien. Mais La France a besoin d’idées originales pour sortir les jeunes de la frustration, du manque de travail et de l’absence de perspective d’avenir.

 

Mais je suis suffisamment établi. Ainsi, mon discours peut être pris pour la rhétorique d’un qui est arrivé. Ainsi, je donne la parole à une jeune qui est passée par la CPP et qui, diplôme en poche, s’est installée dans le privé.

 

Il s’agit d’une réussite normale, c’est-à-dire, sans aide de l’Etat – l’expérience coûte 0 euros pour le contribuable français –, mais qui s’appuie sur le désir décidé qui est le sien, de son psychanalyste, de son superviseur, de Lacan et de Freud.

 

Pour quelle raison aller chercher à l’étranger ce que j’ai ici, sous la main ? Parce que la visée n’est pas la Nation, ce n’est pas la République, c’est le pouvoir. Il ne faut pas vouloir le bien du peuple mais le réveiller au désir qui l’anime. Ce n’est pas une tâche facile, mais la psychanalyse prouve tous les jours dans le silence de la clinique que c’est possible. A condition de savoir manier le transfert.

 

Ce témoignage n’a rien d’exceptionnel. C’est de la clinique bien faite, à la française. En un mot, si nous suivons les indications de Freud et de Lacan, avec les rectifications exigées par l’être qui souffre, le résultat est bon pour l’être, est bon pour la société.

 

Voici le témoignage de Madame Nemraoui :

 

« Diplômée en 2015, je gagne aujourd’hui ma vie grâce à mes consultations cliniques en libéral. A 24 ans, je suis très satisfaite de ma situation professionnelle qui me permet de vivre convenablement. Je n’aurai pourtant pas parié là-dessus à 18 ans. Dés la première année de psychologie, face à la masse importante d’étudiants occupant les amphithéâtres, les professeurs nous mettent déjà en garde contre le chômage : « faire ce métier, oui, mais sachez qu’il est très difficile de trouver un travail ». Pas très motivant lorsque l’on sait que cinq années d'études nous attendent encore ! Et pourtant, ce discours se retrouve chaque année chez nos professeurs, qui nous conseillent alors de nous tourner vers la psychologie du travail qui ouvre plus de portes selon eux. Comment faire si l’on ne veut pas devenir psychologue du travail ?

Cela dit, ces professeurs n’ont pas si tort : le chômage chez les psychologues est important. J’ai pu le constater moi-même au sein de ma promotion. Certains cherchent encore du travail, d’autres jonglent entre plusieurs mi-temps, des CDD pour la plupart qui ne leur offrent aucune possibilité d’avancer – aujourd’hui, en région parisienne, comment trouver un appartement avec un CDD ? –, d’autres encore ont acceptés des tâches qui outrepassent leur poste de psychologue, des missions d’éducateur spécialisé, de baby-sitter ou d’assistante sociale leur sont confiées sous couvert d’un soit disant titre de psychologue ; d’autres jonglent entre le mi-temps et les boulots alimentaires ; et enfin, certains se reconvertissent, rendant les armes après plusieurs années de recherche d’emploi. Sur les forums et sites internet de psychologues, les témoignages de cette nature ne sont pas rares.

 

Une autre voie est possible, mais pour que celle-ci soit empruntable, encore faut-il en avoir entendu parler, d’où l’importance de faire connaître le dispositif de formation proposé par le RPH. En deuxième année de psychologie, j’intégrais cette école de psychanalyse pour me former davantage, notamment sur le plan de la pratique qui manque à la faculté. Celle-ci est riche en enseignements théoriques mais ils ne suffisent pas à prendre en charge des patients. Les compétences pour conduire une cure ne s’acquièrent pas par magie lorsque le diplôme de psychologue nous est délivré. Se former à la clinique en parallèle des connaissances apprises à l’université est essentiel. Et pour cause, nombre d’amis s’étant installés en libéral après leur diplôme sans avoir suivi de formation, témoignent de leurs difficultés, de leur perdition, du manque de sens qu’ils ressentent dans ce qu’ils font. L’université nous offre un bagage théorique rigoureux mais ne prépare pas à recevoir des patients. Elle ne nous dit pas non plus comment gagner notre vie, comment constituer notre patientèle. A 21 ans, toujours à la faculté, je commençais à recevoir des patients à la CPP – Consultation publique de psychanalyse –, au 33 rue Jean-Baptiste Pigalle, à Paris, dans le IXe arrondissement. A mon rythme, j’ai poursuivi mes études et ma formation au RPH jusqu’à l'obtention de mon diplôme. Ces deux pôles se sont enrichis mutuellement. Avoir fait l’expérience de la CPP très tôt au cours de ma formation universitaire m’a confortée dans le chemin que je décidais d'emprunter professionnellement. Un gain de temps considérable donc, mais également une richesse qui venait nourrir mes écrits, mes oraux, et mes réflexions à l’université.

 

Une fois diplômée, j’ai continué à développer ma patientèle à la CPP. J’ai également décroché un mi-temps dans la Fonction Publique Hospitalière, en attendant que ma patientèle se développe davantage en libéral. J’ai rapidement été étonnée du contraste entre ces deux statuts, ne serait-ce qu’en termes de rémunération. J’avais pourtant négocié un salaire plus élevé que l’échelon auquel j’avais le droit en tant que nouvelle diplômée (échelon 1 de la Fonction Publique Hospitalière s’élevant environ à 1 600 euros pour un temps plein). Mais le creuset entre les deux ne s’arrêtait pas là. Les institutions ne rendent pas toujours la tâche aisée pour les psychologues, peut-être par manque de reconnaissance de cette profession. Par ailleurs, ceux qui les dirigent connaissent la précarité de ce statut. Un directeur d’institution m’avait ainsi expliqué : « quand on met une annonce de poste pour les psychologues, on a une centaine de réponses dans la journée ». Il avait lui même décrit la facilité à trouver un autre psychologue si celui qui était embauché ne satisfaisait pas, d’autant plus que la forme des contrats – CDD –, permet de changer régulièrement de psychologues à moindre coût. Cela pousse certains psychologues à travestir leurs fonctions pour correspondre à la demande de leurs supérieurs et ce au prix du sens de leur pratique. Dans cette institution, j’ai du insister pour avoir mon propre bureau qui était initialement partagé avec l’animateur, j’ai dû me justifier maintes et maintes fois pour pouvoir proposer des psychothérapies aux patients car on insistait pour que j’anime des ateliers ou bien il m’était demandé de faire des passations de tests qui n’avaient aucun intérêt pour les patients mais qui répondaient à une demande de productivité... Comment faire un travail de qualité quand il faut répondre à un quota de productivité visant à réduire au maximum une liste d’attente et à satisfaire les statistiques des autorités de santé ?

 

J’ai rapidement été lassée de cette position dans laquelle je ne pouvais pas faire mon travail sans que l’on me mette des bâtons dans les roues ; et tout cela pour une pauvre rémunération. J’ai alors poursuivi le libéral et ai trouvé un autre mi-temps en institution, cette fois en tant que responsable de service. Cette position m’offrait plus de reconnaissance et un travail qui était davantage respecté. Mais même lorsque les conditions institutionnelles sont bonnes, le travail n'est pas aussi satisfaisant qu’en libéral. Je ne rentrerai pas dans les détails. En février dernier, je démissionnais donc de ce poste pour me consacrer à mon activité libérale à plein temps.

 

Il m’aura donc fallu un an et demi pour vivre de ma clinique en libéral. A aucun moment je n’ai connu de période de chômage. Si cela a été aussi fluide, c’est grâce à mon passage à la CPP de Paris où j’ai pu recevoir des patients dans un local financé par le RPH. Une fois diplômée, ces patients sont ensuite venu consulter dans le cabinet que je peux désormais louer avec mes propres sous. Sans ce dispositif, je n’aurai pas pu en arriver là si vite ; il a été un réel tremplin. Je gagne donc aujourd'hui ma vie et je m’épanouis professionnellement grâce à cette formation qui se passe ailleurs que sur les bancs de la fac.

 

Etendre le dispositif des CPP est dans l’intérêt de tous : – les français en souffrance doivent pouvoir consulter des psychistes bien formés, et ce, en fonction de leurs moyens financiers. –

 

Les jeunes étudiants français doivent pouvoir penser un avenir professionnel satisfaisant, à la hauteur des efforts fournis. L’Etat en ressort gagnant : il y a moins de chômeurs, moins de redoublements à la faculté et moins de sous dépensés.

 

L’expansion des CPP passe par un engagement commun : celui des hommes d'état et celui des écoles de psychanalyse. Ces dernières assurent une formation rigoureuse aux jeunes étudiants en travaillant de concert avec les universités. J’ai l’espoir que les premiers reconnaissent l’importance qu’est la santé mentale des français et la pertinence que le dispositif de la CPP a pour notre pays.

 

Mes questions sont donc les suivantes : Que pensez-vous du dispositif proposé par le RPH ? Comment travailler ensemble pour étendre concrètement ce projet ? ».

 

Ces questions seront posées aux candidats le jeudi 13 avril 2017 de 20h à 23h30 au FIAP Jean Monnet, 30 rue Cabanis 75014 Paris (en face de l’hôpital Sainte-Anne).

 

 

 

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