Ecole française de psychanalyse

Retour

Ecole française de psychanalyse

cliquez sur les images pour les agrandir

Fernando de Amorim

Paris, le 10 février 2017

 

Une école française est une manière de faire. Cela peut concerner les mathématiques, l’économie, l’architecture, la mode, la cuisine, la menuiserie.

 

Dans Le Figaro du 30 janvier 2017, Pascale Senk s’interroge : « Si on avait écouté attentivement ses diatribes mégalomaniaques, aurait-on évité au rappeur Kanye West une hospitalisation psychiatrique d’urgence due à une bouffée de psychose ? Et la sculptrice Camille Claudel, sœur de Paul, mieux considérée et écoutée, aurait-elle pu échapper à sa mort sordide dans une institution pour aliénés ?».

 

Ecouter attentivement, considérer mieux ou tout simplement écouter, comme écrit la journaliste ce n’est pas suffisant.

 

Les psychiatres et les psychologues le savent, mais ils font la sourde oreille.

 

Détecter et prévenir les troubles psychiatriques n’est pas un chantier nouveau en psychiatrie. C’est le chantier de la clinique mentale.

 

Malheureusement pour les patients et leurs proches, ce chantier se fait sans la psychanalyse et ses cliniciens, les seuls habilités à occuper la position transférentielle de psychothérapeute ou de psychanalyste.

 

Le lecteur pourra s’étonner d’une telle phrase car il est de notoriété publique que beaucoup de praticiens travaillent en tant qu’analystes ou en tant que psychiatres d’orientation analytique dans les institutions.

 

Si le psychiatre, psychologue ou psychothérapeute, le psy comme dit la vox populi, ne sait pas manier le transfert, le psychanalyste, en laissant tomber sa psychanalyse personnelle, en se croyant être arrivé à bon port, avec le temps devient analyste. Les conséquences d’un tel abandon font que le psy ne sait pas nourrir le transfert et que les autres le nourrissent mal.

 

A aucun instant le mot inconscient, le mot désir n’est au cœur de l’article. Je pense par manque de courage. De la journaliste et de celles et ceux qu’elle interpelle. Et c’est regrettable car, une cure bien conduite produit des effets chez l’être, chez ses proches, dans la vie sociale. Quelqu’un qui rencontre un psychanalyste est responsable de son traitement, en d’autres mots il ne coûte pas à la société et il se prépare pour, non seulement retourner vers elle, cette société, mais également pour la porter avec les autres. Un psychanalysant consomme moins de médicaments, tombe moins malade et s’engage avec sa vie.

 

Détecter et prévenir la souffrance psychique passe par le courage, l’autre nom de la castration. Mais cela a un prix. Et il n’est pas uniquement financier. En construisant avec les membres du RPH des consultations publiques de psychanalyse, j’ai voulu prouver que la question de l’argent est importante mais secondaire dans le déroulement de la cure.

 

Un projet de détection et de prévention des souffrances psychiques ne peut pas faire économie de papa et maman. Mais pas un mot n’est dit sur ce sujet. N’importe quel clinicien sait que, sans l’appui décidé des parents, il nous est impossible d’opérer.

 

Sans le désir décidé de celui qui souffre, pas de psychothérapie possible. Et quand il est mineur sa souffrance sert, dans la majorité de cas, à porter les parents jusqu’à nous. Et quand ils sont arrivés, les enfants commencent à ne plus vouloir venir nous rencontrer. Et ils ont raison. Ils ont des choses plus importantes à faire de leur journée – apprendre, jouer – qu’à venir rencontrer un psy.

 

Nous avons en France ce qu’il faut pour faire une école française de santé mentale. Cette école est profondément contaminée par la rigueur française et par l’enseignement de Lacan. La manière d’opérer avec la détection et la prévention de la souffrance psychique, corporelle et organique à la française, comme je l’entends, ne passe pas par l’émotion, par la psychiatrie, par la psychologie, par le parler, par l’écouter, par une meilleure considération. Tout cela est beau, bon et humaniste mais ne fait pas clinique, ne transforme pas un être ni sa vie.

 

Pour ce qui est de la clinique, il faut s’appuyer sur ma technique de l’écarteur, idée que je suis allé piocher chez Freud et les chirurgiens français, le nourrissage du transfert, la rectification du discours par l’exigence bienveillante du respect de la règle fondamentale et la compétence du clinicien à descendre dans l’arène clinique.

 

Pour cela, il lui faut être formé à la française et continuer à occuper la position de psychanalysant car, naviguer dans les eaux de l’inconscient ne s’improvise pas.

 

Contactez-nous