D'une clinique possible avec l'autiste, paris 9

Retour

D'une clinique possible avec l'autiste, paris 9

cliquez sur les images pour les agrandir

Paris, le 16 décembre 2016

 

 

Même pour celles et ceux qui vivent avec leurs géniteurs – devenus ainsi, aussi, leurs parents – nous sommes, exceptés quelques autistes, des enfants qui ont accepté d’être adoptés. Celles et ceux qui n’ont pas accepté d’être adoptés sont des enfants abandonnés. Affirmer que l’autisme est un trouble neuro-développemental ne rend service ni aux enfants ni aux parents. J’estime que l’adulte – qu’il soit parent ou psy – est mis en échec par l’inconscient brut qu’incarne l’autiste.

 

J’écris psy, et non pas psychanalyste, même si l’attaque aujourd’hui vise la psychanalyse car, beaucoup de ces psys qui se disent psychanalystes ne le sont pas. Ils sont analystes, ils se présentent en tant que psychiatres-psychanalystes, psychologues-psychanalystes, ils sont embauchés en tant que psychiatres, mais s’autoproclament psychanalystes. Etre psychanalyste c’est du vin, du bon vin. Si vous y mêlez de l’eau ça devient une autre boisson.

 

Psychanalyste, psychanalyste seulement, ils ne le sont pas. Ils ne supportent pas d’occuper cette position. C’est trop pour eux. C’est pour cette raison que, pour rectifier cette difficulté de mes collègues, pour les sortir de l’embarras qui est le leur et qui pousse la psychanalyse dans cette lamentable situation, je leur propose de retourner sur le divan, qu’ils continuent leur psychanalyse personnelle.

 

Je ne parle pas de psychanalyse pour l’autiste. Un autiste peut-il être en psychanalyse ? Oui, à condition que la question à l’Autre (prononcer : « le grand Autre ») soit posée et s’il pousse sa psychanalyse jusqu’à son terme. Ce que je n’ai pas rencontré jusqu’à présent dans la clinique.

 

Des autistes que je rencontre au quotidien, un seul, jeune homme, est en psychanalyse. Il travaille, gagne correctement sa vie et vient de se marier et constate que la psychanalyse l’a aidé à supporter une situation sociale extrêmement inconfortable qu'il lui aurait été impossible, il y a quelques années, d’assumer. Quand l’être est sur le divan, indépendamment du diagnostic d’autiste, le clinicien a affaire à un psychanalysant, quand il est sur le fauteuil, toujours indépendamment de sa structure, je propose de parler de psychothérapie avec psychanalyste (Cf. Brève « Proposition d’une Cartographie de la clinique avec le malade, le patient et le psychanalysant, à l’usage des médecins, psychistes et psychanalystes, en institution et en ville » du 12 octobre 2011).

 

Beaucoup de gens, psys, politiciens, parents d’autistes, responsables d’associations de malades, se font un nom sur le dos de ces personnes autistes. Il n’est pas uniquement question de la détresse des autistes. Il y a l’ego humain qui joue son rôle et qui brouille les pistes pour la mise en place d’une clinique possible avec l’autiste. Cette clinique passe par l’inconscient structuré comme un langage, par le désir du psychanalyste et par le maniement du transfert. En un mot, l’autiste n’est qu’un frère de langage qui ne s’est pas laissé adopter par l’Autre barré (Ⱥ) avec les conséquences qui vont avec ce choix. Est-ce une raison pour le laisser tomber ? Bien évidemment non. Les analystes, avec les moyens qui sont ceux qu’ils se donnent, essayent de faire de leur mieux. Mais quelques parents leur jettent la pierre. Pour quelle raison ? Parce qu’ils, les parents, savent qu’ils seront interpelés sur leur désir. Pour passer outre, ils font ce qu’ils peuvent pour contourner cette voie de leur désir dans l’affaire de leur fils. C'est pour cette raison que toute technique qui n’introduit pas le désir dans la thérapeutique, dans l’éducation ou le dressage est bienvenue pour quelques parents.

Mon idée est-elle de les accabler ? Loin de là. Sans leur aide, il est impossible de prendre en charge la question du désir de leurs enfants. D'où l’importance qu’ils viennent parler avec un psychanalyste de leur confiance, qu’ils essayent, jusqu’à trouver celle ou celui qui leur conviennent. Convenir, ici, ne veut pas dire être de mèche, être complice du symptôme, mais être du côté du désir de l’enfant. La tâche est immense et sans l’appui des parents la clinique possible avec les enfants part du mauvais pied.

 

Dans quelle structure vogue l’autiste ? Névrose, psychose ou perversion ? Avec ma technique du dictionnaire, je laisse l’être désigner son chemin. Cette technique consiste à, lorsque le malade, le patient ou le psychanalysant dit qu’il est fou, psychotique, neurasthénique, autiste, paranoïaque, lui demander ce qu’il entend par ce mot. Sa définition donnée – et si elle est incorrecte – je lui tend le dictionnaire pour qu’il puisse s’instruire.

 

En lisant la définition de paranoïaque, une personne avait dit : C’est tout à fait moi, ça. De même pour un jeune autiste. Il s’est reconnu dans la définition de l’Autre de la langue. Ensuite il a continué à parler librement. La différence est que, désormais, il sait de quel côté se trouve la voie possible pour sa vie, avec les possibilités et les impossibilités qui sont les siennes. Cette technique s’adapte aux modalités possibles de chaque patient.

 

Ce conflit avec les analystes et les parents, n’est rien d’autre qu’un conflit où ni le désir ni la vie ne sont au rendez-vous.

 

Nous sommes adoptés par la langue. La preuve de notre adoption est que nous parlons tous le français. D’ailleurs la grande difficulté des immigrés et de leurs enfants est de ne pas entrer dans le monde de l’Autre français, de la langue, des us et coutumes français. Ce rejet produit une souffrance qui se matérialise par l’agressivité, par la création d’un novlangue. Ainsi, des caïds, des racailles et des inventeurs du novlangue au Ministère de l’Education, baignent dans le même registre, la preuve qu’ils n’ont accepté d’être adoptés qu’un peu, adoption qui concerne plus leur ego que la castration exigée pour vivre une vie. D’autres n’ont pas encore accepté cette adoption, comme écrit plus haut. D’autres n’accepteront jamais d’être adoptés par l’Autre barré.

 

En l'absence de cette vraie castration, nous témoignons des jeux de pouvoir et de leur conséquence inévitable, à savoir, la bestialisation de l’être.

 

 

Contactez-nous