Du symptôme mélancolique, Paris 9

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Du symptôme mélancolique, Paris 9

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Fernando de Amorim

Paris, le 17 février 2016

 

 

Il me semble important de distinguer la mélancolie de la dépression même si, pour nous, l’une comme l’autre ont le statut de symptôme. La mélancolie est un sentiment propre à la psychose, la dépression est un sentiment propre à la névrose et à la perversion, même si un psychotique peut déprimer. Sa dépression, dans ce cas, est la tristesse vécue par son moi, en rapport à la perte d’un objet aimé. S’il est mélancolique, c’est parce qu’il est sûr de vivre sa propre disparition au moment de la disparition de l’objet non-identifié. La dépression, le tissu symbolique tient le choc de la perte. Dans la mélancolie, le tissu symbolique dévoile sa propre fragilité, son effilochage ou carrément le trou. Le symptôme dépression signale la souffrance à l’Autre, le symptôme mélancolique tâche de le réparer avec le délire, voire l’hallucination.

 

La tristesse pour Spinoza, « est le passage de l’homme d’une plus grande à une moindre perfection » (in « L’éthique », Origine et nature des sentiments, Définitions des sentiments, III). Il considère la tristesse comme un sentiment, mais aussi un acte, acte par lequel la puissance d’agir de l’homme est diminuée ou contrariée. En nous renvoyant à la scolie de la proposition II, il met en évidence – c’est mon interprétation –, que le moi se voit submergé par l’Autre non-barré (A). La preuve ce sont les thèmes d’autoaccusation, de honte et de culpabilité qui jaillissent du discours du mélancolique. S’il ne parle pas et qu’il agit, ce n’est plus le grand Autre non-barré qui est en jeu mais la résistance du surmoi. C’est ici qu’il faut situer les passages à l’acte.

 

La tristesse du mélancolique gagne le statut de symptôme quand l’être énonce sa souffrance au clinicien. C’est le début de la cure. Le clinicien se doit, s’il s’agit d’un malade hospitalisé, de le préparer à sortir de l’hôpital.

Pour cela il fait naître, installe et nourrit le transfert (http://www.rphweb.fr/details-les+etapes+du+transfert+dans+la+direction+de+la+cure+psychanalytique-136.html). Ensuite, il reçoit le patient en consultation à l’extérieur à la CPP ou en cabinet de ville. Dans la position de patient – ce qui signifie que le clinicien est installé dans la position de psychothérapeute –, la visée de ce dernier est de pousser la cure vers la voie de la psychanalyse, indépendamment du fait qu’il s’agisse d’un mélancolique, donc de structure psychotique, ou d’un dépressif, donc de structure névrotique ou perverse.

 

L’importance de faire cette distinction entre symptôme mélancolique et symptôme dépressif est de baliser le chemin pour que le clinicien puisse se repérer : par où et jusqu’où peut-il pousser la conduite de la cure.

 

Dans le cas de la mélancolie, il faut être prudent quant aux rectifications de la direction de la cure. Si la prudence est de mise tant pour le symptôme mélancolique que pour le symptôme dépressif, pour le premier, après examen de confirmation qu’il s’agit bien de mélancolie, le clinicien peut s’attendre à voir apparaître la structure psychotique pour ainsi rectifier la cure : des séances sans levée de séance brusque comme pour le névrosé, installation de plusieurs transferts, psychothérapie ou psychanalyse sans fin.

 

Quand un névrosé a plusieurs transfert, le clinicien travaille pour que ce transfert éparpillé vienne vers lui – ce que j’avais nommé cônification du transfert –, quand il a le diagnostic structurel de psychose, diagnostic livré par la mélancolie, il accepte ce transfert au pluriel, il accepte sans rechigner, contrairement à ce qu’il fait avec le névrosé et le pervers, que le patient ou le psychanalysant abandonne la cure. Il accepte, tout en restant à la disposition du patient ou du psychanalysant, s’il souhaite revenir.

 

Dans le cas de la dépression, le clinicien a l’assurance que le patient ou le psychanalysant a l’assise symbolique nécessaire qui ne le poussera pas au passage à l’acte, ce qui est la crainte de tout clinicien.

 

Au fur et à mesure du déroulement des séances, le clinicien mettra son désir sur la table, en proposant des séances supplémentaires (la technique de l’écarteur) et en nourrissant le transfert. Ainsi, il verra s’il y a des modifications dans le comportement de l’être. Il pourra commencer à faire la distinction nécessaire pour la conduite de la cure s’il a affaire au symptôme mélancolique qui voile la psychose schizophrénique, ou à la lâcheté de l’être face au désir comme dans la névrose, ou le refus de la castration, comme dans la perversion.

 

 

 

 

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