Construction de l’accostage Réponse à l’enquête – II

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Construction de l’accostage Réponse à l’enquête – II

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Fernando de Amorim

Paris, le 15 juin 2017

 

Quoi qu’on en veuille, quoi qu’on en dise, un étudiant en médecine ne fait pas partie de ce qui est considéré comme population à risque. Il faut peut-être d’abord apprendre à bien dire pour apprendre à mieux défendre les intérêts – légitimes – de la formation médicale, de son avenir et de l’avenir de celle ou celui qui dédiera une part importante de sa vie d’adulte à la clinique.

 

Personne ne se repose par décret. Le repos est la conséquence d’une fatigue musculaire et de la sensation psychique que le moment est venu de dormir. C’est ça le sommeil des justes. Si les étudiants sont épuisés, il faut qu’ils disent de qui ils souffrent.

 

Pas de quoi ils souffrent, mais bien de qui. Pour savoir cela, il est nécessaire d’avoir recours à un être humain habilité à écouter leur détresse. Passer des questionnaires pour mettre en évidence la souffrance évidente du médecin est insuffisant et insatisfaisant. Personne ne sort véritablement renseigné du résultat de cette enquête, qui sera oubliée en quelques semaines, alors que la détresse des être humains qui sont formés à en sauver d’autres sera là, in continuum.

 

Ces tests et questionnaires n’effleurent même pas le cœur de la détresse des étudiants en médecine, et pas uniquement d’eux d’ailleurs.

 

L’accostage de l’être qui souffre nécessite un changement technique, méthodologique et scientifique. Ce changement passe par la clinique psychanalytique française.

 

Ce changement produit une nouvelle logique pour le clinicien et surtout pour le patient. Une telle logique clinique, honore la notion première de la médecine exercée auprès du lit du malade (κλινικη ́), notion qui s’est perdu à partir de la recherche de scientificité de Claude Bernard. Cette recherche, légitime, a produit une dérive qui se représente, à mes yeux, sous une forme de vétérinisation de la médecine humaine (questionnaire, DSM, médecin virtuel, télémédecine).

 

Comment avancer avec la technologie sans supprimer le désir de l’opération clinique ? En tant que responsable d’une consultation publique de psychanalyse, je constate une crainte de l’avenir. Crainte qui est, somme toute, gonflée d’imaginaire car il est possible de faire usage de l’instrument sans le pervertir.

 

Les violences psychologiques signalées par des jeunes médecins (10,8 % disent en souffrir) mériteraient que leurs syndicats s’y intéressent autrement et pas seulement en dénonçant ce qui est notoirement su dans toute salle de garde. Concrètement, quid d’une aide psychothérapeutique aux jeunes médecins ? Un tel dispositif assuré par des cliniciens habilités à naviguer dans les eaux du désir inconscient est aussi important que l’augmentation du nombre d’infirmières dans un service de psychiatrie ou de l’augmentation du salaire du personnel.

 

Créer une cellule d’écoute d’internes en détresse n’est pas suffisante. Une telle proposition va dans le sens de la médecine de papa, celle qui croit aux questionnaires et pour qui écouter est suffisant. Comme disait un patient : « Etre écouté ça fait du bien cinq minutes ». La clinique psychanalytique française produit des effets solides dans son exercice hospitalier. Mais cela n’est pas non plus suffisant. Il est fondamental que la cure puisse continuer hors de l’hôpital. C’est pour cette raison que j’ai créé la CPP en 1991 à l’Hôpital Avicenne et qui, aujourd’hui, fonctionne, notamment, à Paris, dans le IXe arrondissement.

 

Même si Leslie Grichy, qui a participé à la création de la cellule d’écoute des internes des hôpitaux de Paris, connaît bien la question de la détresse de ses collègues, il faut aller plus loin. Ecouter, et qui plus est par téléphone, ne fait rien à l’affaire.

 

Pour produire un effet de construction, la mise en place du transfert est indispensable. Pour démarrer.

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