Avis

Retour

Avis

cliquez sur les images pour les agrandir

Fernando de Amorim

Paris, le 24 jullet 2017

 

 

Il se déroulera à Paris, du 24 au 28 juillet 2017, le 8e congrès mondial de psychothérapie, m’apprend le « Le Quotidien du Médecin » du 20 juillet 2017.

 

Monsieur le Docteur Pierre Canoui, président de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse (FF2P), dit ce qui suit : « Après le Bataclan, la question du sens de la vie, de la relation à l’autre, de l’amour, de la différence, et de l’empathie, au cœur de la relation médecin patient, m’est apparue plus que jamais comme une valeur fondamentale ».

 

Monsieur Canoui est de toute évidence un psychothérapeute. Et toute sa démarche est d’officialiser la place du psychothérapeute, ce qui est, selon mon expérience une erreur de stratégie clinique, économique et sociale.

 

Avec ses « 60 organismes de formation et associations », cette fédération fédère des persans de la pratique en santé mentale, quand nous avons un besoin urgent de spartiates, c’est-à-dire, des cliniciens formés à la rigueur exigée par la clinique. Le manque de tactique, de stratégie, de référence théorique, de culture générale et de navigation dans les eaux de l’inconscient en particulier officialisera, car c’est le souhait de leur président, une armada de marins d’eau douce, voire de marins de piscine. D’où la remarque de Coline Garré, l’auteur de l’article « Psychiatres, psychothérapeutes, et psys de tous horizons », que je lis comme une interprétation de l’inconscient. Ces psys de tous horizons sont-ils habilités à occuper la position de psychothérapeute ou constituent-ils les nouveaux représentants de la foire au marché de la santé mentale banalisée en bien-être ?

 

J’avais déjà attiré l’attention dans mon livre « De la clinique » – Publication RPH, Paris, 2012, pp. 69-70 – à cette manœuvre de changement de nom : « Il n’est pas question pour moi de me révolter contre celles et ceux qui occupent la position de psychothérapeute (les marabouts, les astrologues, les « psys »). S’ils sont là, c’est bien qu’ils ont une fonction sociale. Il faut bien dire aussi qu’il y a beaucoup de psychotiques qui se stabilisent – fragilement – en occupant la position du maître (du psychothérapeute, de l’astrologue, du marabout). Quel est l’objectif de les critiquer avec acharnement ? Qu’ils soient dans la rue sans dignité sociale puisque non reconnus en tant que professionnels ou en tant que citoyens qui payent leurs impôts et se font un nom en tant qu’astrologue ou psychothérapeute en tout genre (thérapeutes cognitivistes, thérapeutes corporels, thérapeutes tantriques, coaching, thérapeute du développement personnel) ? Je pense que le fait qu’ils soient reconnus comme occupant une position sociale en tant qu’astrologue ou « psy », est tout à fait important et nécessaire pour eux et pour l’équilibre social. La difficulté apparaît lorsqu’ils veulent faire de leur position une place, ou quand ils prétendent occuper la place de psychanalyste. Il y a des psychothérapeutes qui se disent « psychanalystes ». Prenons un exemple tout à fait étonnant. Pas parce qu’ils se disent psychothérapeutes, mais parce qu’ils pensent que psychothérapeute est une place, quand n’importe quel clinicien sait-qu’il s’agit d’une position, tout comme pour le psychanalyste. Je suis pour l’existence et la reconnaissance des psychothérapeutes, quelque soit leur orientation. Si un psychothérapeute proclamé par une association ou autoproclamé est maladroit ou malhonnête nous sommes face à une situation d’ordre juridique. Il s’agit d’une situation qui concerne les autorités compétentes. Sa manière de conduire les cures concerne la clinique lorsqu’il confond sa pratique psychothérapeutique avec la psychanalyse. Personne n’ignore qu’au sein de la fédération française de psychothérapie il n’y a pas un seul psychanalyste. Dans la présentation de la fédération, il est indiqué que la « Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse (FF2P) a été créée en mai 1995 » or, ce n’est pas entièrement exact : la FFP – Fédération Française de Psychothérapie – a été fondée en 1995, mais la FF2P existe, elle, depuis 2005 (au moment de l’adoption du mot « psychanalyse »). Ainsi, elle se nomme maintenant, depuis 2005 donc, Fédération Française de Psychothérapie et de Psychanalyse (je souligne). Ils auraient pu intituler leur fédération FFPP, mais non, ils ont le signifiant (sous forme chiffrée) qui vient nous signaler qu’il y a quelque chose qui sent mauvais en ce royaume du Danemark ! 

 

Et ce qui sent mauvais, le problème sous-jacent, pour l’ego, c’est le retour du refoulé. La psychothérapie n’est pas « en train de sortir du domaine médical – où il s’agissait de guérir le symptôme – pour aller vers le psychomédico social », analyse le Dr Canoui », elle n’a pas attendu les médecins pour entrer dans les temples, à une époque d’ailleurs où la médecine n’existait pas. Je pense à l’Ancienne médecine d’Hippocrate. En revanche, elle est en train d’être diluée dans un psychomédico social où l’objet de son action – légitime, apaisante – s’évanouit par l’absence de boussole de celles et ceux qui trouvent dans le trou béant des règles cliniques et de l’encadrement de la Loi, la fenêtre pour s’introduire en maître.

 

Le législateur Accoyer a voulu fermer la porte aux abus et protéger les citoyens, il a officialisé la fenêtre.

 

Comme n’importe quel psy, Canoui analyse la demande du patient, vend le cheminement du bien-être et trouve un bouc-emissaire, à savoir, l’environnement « malade et pathogène ».

 

C’est une vraie lecture de psychothérapeute. Mais l’essentiel n’est pas là. En faisant un supermarché des « multiples méthodes et approches qui cohabitent aujourd’hui », Canoui pense que « la France sort de la domination de la psychanalyse pour appréhender d’autres approches : les psychothérapies humanistes (qui questionnent l’éthique et le sens de la vie), psycho-corporelles, cognitivo-comportementales, familiales et systémiques et enfin les psychothérapies transculturelles ». La France n’a jamais été sous la domination de la psychanalyse mais des analystes. La psychanalyse ne domine rien, l’inconscient oui : « Tu te penses plus malin, tu penses être maître de tes pas, de ton corps, de ta pensée, de tes paroles. Que nenni ! ». C’est ce que la psychanalyse nous a enseigné. Elle renseigne l’être sur ce qui l’habite, elle ne domine pas. Les analystes ne représentent pas la psychanalyse. Qui représente la psychanalyse ce sont les psychanalysants. De quelle domination parle-t-il ? La France a la traduction des œuvres complètes de Freud depuis peu – la première édition du premier volume de œuvres complètes par le PUF date de 1989, livre III et le dernier, le livre I de 2015 –, c’est-à-dire depuis deux ans (Volume I – année 2015 ; II – 2009 ; III – 1989 ; IV – 2004 (1e édition ; 2e tirage) ; V – 2012 ; VI – 2006 ; VII – 2014 ; VIII - 2007 (1e édition) ; 2013 (2e édition) ; IX - 1998 ; 2007 (2e tirage) ; X – 1993 ; XI - 1998 ; 2005 (2e édition) ; XII - 2005 (1e édition) ; 2005 (2e tirage) ; XIII – 1998 ; XIV – 2000 ; XV – 1996 (2e édition) ; 2006 (2e tirage) ; XVI – 1991 ; XVII – 1992 ; 2006 (2e tirage) ; XVIII – 1994 ; XIX – 1995 ; XX – 2010). Alléluia ! la science juive est en fin arrivée depuis deux misérables années, mais cela n’a jamais empêché les détracteurs et aussi les psys – psychiatres, psychologues –, les mi-analystes, ni, surtout pas, les analystes, de faire leurs choux-gras, faire des gorges chaudes sur les dos de l’enfant de Freud. Qui sort perdant de cette résistance acharnée au désir c’est l’être qui débarque dans notre urgence (SETU ?) ou notre consultation (CPP) après avoir vu, parfois pendant des années plusieurs « psys » et quelques magnétiseurs.

S’agit-il ici d’une critique ? Oui. Les psychothérapeutes de la FF2P peuvent-ils mieux faire ? Je l’espère. Pour cela, il faut qu’ils s’engagent à faire une psychanalyse personnelle, tout en continuant leurs thérapies corporelles, humanistes, les techniques de dressage, etc. C’est en comparant qu’ils pourront savoir de quel bois la clinique est faite. Jeune, je participais de plusieurs thérapies évoquées par le Président Canoui. Et pourtant, depuis presque quarante ans, je suis toujours marin de ces eaux de l’inconscient. Et je ne changerais la rencontre hebdomadaire avec le désir pour rien d’autre. C’est un rendez-vous à ne pas rater. Conseil d’ami.

 

Si Monsieur Canoui veut vraiment « améliorer l’accès à la psychothérapie », qu’il adresse un message fort à ses troupes : retour sur le divan pour tous. C’est l’unique manière de ne pas scléroser cliniquement. Cette remarque vise n’importe quelle profession de santé.

 

Quant à « l’évaluation des méthodes et des praticiens », nous utilisons, pour évaluer une méthode clinique, au sein du RPH, la méthode verticale (Cf. « De la clinique », p. 24) et pour évaluer le praticien, notre cartographie (Cf. http://www.rphweb.fr/details-qu+est+ce+qu+un+psychanalyste+selon+la+cartographie+du+rph+ecole+de+psychanalyse+paris+9eme+-24.html).

 

Pour Monsieur Canoui, « psychothérapeute » est un métier, quand pour l’auteur de ces lignes c’est une position transférentielle qui prépare l’être, s’il en est capable ou s’il le désire, à naviguer dans les eaux de l’inconscient, unique voie possible pour savoir sur le désir et construire le sien.

 

La création d’un certificat de psychopraticien est une fêlure de plus à la communauté des bras cassés qui s’installent en place de psychothérapeute. En refusant ma proposition de lire la position de psychothérapeute comme position, inévitablement, la psychothérapie guidée par un psychothérapeute tendra à tourner en rond jusqu’au naufrage de la psychothérapie (abandon, suicide, déclenchement des symptômes corporels ou organiques, voire psychotiques). La prudence exigée pour manier une psychothérapie est négligée par des formations claudicantes qui étaient, sont et seront encore proposées si le désir n’est pas mis au centre de l’opération clinique.

 

La « formation expérientielle et académique » souhaitée par le Président Canoui existera de quelle manière ? Les facultés de psychologie crachent des jeunes étudiants partout sur le territoire national tous les ans sans la moindre habilitation à poser un diagnostic, conduire une cure et bien sûr, manier le transfert. Inévitablement, cela les conduit à s’inscrire au Pôle Emploi, à devenir des secrétaires ou vendeuses, ou encore, avoir trois ou quatre boulots psy pour payer leur factures.

 

Il ne faut pas, surtout pas, officialiser la place de psychothérapeute. Faisons l’effort de tirer ces jeunes vers la clinique, la clinique rigoureuse, française, freudo-lacanienne.

 

Comment faire pour celles et ceux qui ne veulent pas avoir affaire à l’inconscient ? Qu’ils puissent avoir le statut de coach.

 

La position de psychothérapeute, comme celle de psychanalyste est trop importante pour la confier à des collègues – puisque du marabout ou psychiatre, en passant par le coach, ils sont mes collègues –, sans aucun désir de devenir des cliniciens.

Contactez-nous